Comme on voit le soleil s'obscurcir par la nue,
Pour devenir après éclatant à nos yeux;
Ainsy la France estant de tous ses vices nüe,
Se rendra plus celèbre et louable en tous lieux.
O! que si ces mondains avides de richesses
Eussent consideré, armez de la raison,
Que le Ciel, quy voit tout, descouvroit leurs finesses,
Ils n'eussent pas brassé si grande trahison.
Mondains quy s'enyvrez des richesses du monde,
Allez, suivant les pas de vos predecesseurs;
Apprenez que celuy quy aux grandeurs se fonde,
Se va précipitant au gouffre des malheurs.
Si j'osois exprimer combien j'ay de constance
Pour resister au choc du monde et des thresors,
Je me pourrois vanter d'estre Phenix de France,
Nay contre les assaults de tous mondains efforts.
Ce quy plus m'estonna après mon arrivée,
Fut ce nouveau Narcys de luy-mesme amoureux.
Quy, se précipitant dedant l'onde agitée[130],
N'embrassa que la mort qu'il cherchoit malheureux.
Sa fin fut bien semblable à celle de Narcisse;
Toutefois leurs humeurs ne sympathysoient[131] pas:
L'un estoit vertueux, l'autre rempley de vice;
Bref, l'un estoit Adon, l'autre Pausanias.
L'un, amoureux de soy, se miroit dedans l'onde,
Et, se jettant après ce qu'il aymoit le mieux;
Il perdit le plaisir qu'il esperoit au monde
Et le contentement qu'il cherchoit en ces lieux.
L'autre, voulant chercher de Pactolle le sable,
Se jetta dans les flots contre luy courroucez;
Quy, luy donnant la mort à Narcisse semblable,
Rejettèrent son corps, de le garder lassez[132].
O piteux accident! quelle mort, je vous prie,
Plus cruelle cent fois, avoit-il merité?
Las! que ne fut-il prins encore plein de vie,
Afin d'estre puny de sa desloyauté.
Nul genre de tourment, supplice ny torture,
N'est encore assez grand pour punir les mondains
Quy cherchent comme luy la vicieuse ordure,
Et trament malheureux de semblables desseings.