O ciel, que ce mignon se devoit bien conduire,
Après la digne charge où on l'avoit admis[133];
Mais, second Phaeton, à son bien voulut nuire,
Et tomba dans le sein de l'humide Thetis.
Helas! s'il eust appris au mirouer de bien vivre,
Un bon enseignement pour se bien gouverner,
Chacun l'eut imité, chacun l'eut voulu suivre,
Et chacun un beau los[134] luy eust voulu donner.
Un peu de temps après sa cheute memorable,
Je voulus, pour bannir ce souvenir de moy,
Chercher un pourmenoir plaisant et agreable,
Et entre autre j'allay dans les jardins du roy.
C'estoit au mois d'avril[135], lors que Flore nous envoye
Ce qu'elle a de plus beau dans son sein precieux,
Lorsqu'on entend Progné quy pour Ithis larmoyé,
Et qu'on voit les pasteurs sauter à qui mieux mieux.
Je ne fus pas si tost au Parc des Thuilleries[136]
Qu'un nocturne hibou et deux corbeaux hideux,
Assistez de serpens et d'affreuses harpies,
Criant, sifflant, hurlant, furent devant mes yeux.
Je laisse croire à ceux quy ont veu telle chose,
Si ceste vision me donna la frayeur;
Mais ce ne fust pas tout, et ne scay comme j'ose
Raconter seullement la moitié de ma peur.
Comme ces noirs couriers du palais de ténèbre
Eurent autour de moy voltigé plusieurs fois,
Le ciel fust obscurcy, et la trouppe funèbre
Des esprits ensouffrez heurloit à haulte voix.
Si jamais j'avois cru un eternel suplice
Destiné aux enfers pour punir les mechants,
C'estoit lors qu'englouty dans ce noir precipice,
J'entendis tant de cris et de gemissements.
Ce ne fut pas la fin, car, après tant de plaintes,
Un umbre m'apparut qui me cria ces motz:
Mortel, n'aie point peur, mais ecoute mes plaintes,
Et retourne jouyr du gracieux repoz.
Je suis cil que Fortune à la roüe inconstante
Esleva pour un temps en grande dignité,
Quy, se jouant de moy, me donnoit une attente
Quy nourrissoit mon cœur en la mundanité.