Le 15 août, les ambassadeurs se rendirent à Notre-Dame pour voir la procession qui se fait tous les ans le jour de l'Assomption.
Le roi étant entièrement guéri, il donna audience aux ambassadeurs le 1er septembre. Le sieur de Bonneuil conduisit, dans les carrosses du roi et de madame la dauphine, à l'hôtel des ambassadeurs, le maréchal de La Feuillade, qu'il avoit été prendre chez lui. Les ambassadeurs vinrent au devant de lui, mais le maréchal ne voulut point entrer dans leur appartement; il reçut leurs compliments sur les degrés, et les pria, parce que l'heure pressoit, de monter dans les carrosses du roi, de peur d'arriver trop tard. Chacun prit la même place qu'il avoit occupée le jour de l'entrée, dans la marche de Paris à Versailles.
Le roi, en envoyant le maréchal de La Feuillade, voulut les recevoir moins bien que les autres ambassadeurs des têtes couronnées, à qui il envoie des princes étrangers, les jours qu'ils ont leur première audience: on leur fit valoir le titre de colonel des gardes que le duc de La Feuillade possédoit.
Sur les dix heures, les ambassadeurs, arrivés à Versailles, trouvèrent dans l'avant-cour du château les gardes françaises et suisses sous les armes, tant celle qui relevoit que celle qui devoit être relevée, tambours appelants[156]. Ils mirent pied à terre à la salle de descente des ambassadeurs; ils attendirent l'heure de l'audience. Après s'être lavés selon leur coutume, ils mirent des bonnets de mousseline, faits en pyramides, au bas desquels étoient des couronnes d'or larges de deux doigts, qui marquoient leurs dignités; de ces couronnes, il sortoit des fleurs, des feuilles d'or minces, ou quelques rubis en forme de grains. Ces feuilles étoient si légères, que le moindre mouvement les agitoit. Le troisième ambassadeur n'avoit point de fleurs au cercle d'or de sa couronne. Les huit mandarins avoient une pareille coiffure de mousseline sans couronne.
On avoit préparé au bout de la grande galerie du château, du côté de l'appartement de Mme la dauphine, un trône élevé de six degrés, le tout couvert d'un tapis de Perse à fond d'or, enrichi de fleurs d'argent et de soie. Sur les degrés, on avoit placé de grandes torchères et de grands guéridons d'argent; au bas du trône, à droite et à gauche, en avant, on avoit mis, d'espace en espace, de grandes cassolettes d'argent, chargées de vases d'argent. On avoit ménagé un espace vide de quatre à cinq toises, où les mandarins qui étoient à la suite des ambassadeurs pussent être pendant l'audience, sans être pressés par les courtisans[157].
On marcha à l'audience en cet ordre:
Le sieur Girault à la tête des deux secrétaires de l'ambassade, nu-tête;
Six mandarins vêtus de vestes avec des écharpes, le poignard au côté, leurs bonnets de soie fine en tête, faits en pointes pyramidales; douze tambours de la chambre du roi, battant la marche;
Huit trompettes de la chambre du roi précédoient une machine de bois doré, faite en pyramide, appelée lieu royal, où la lettre du roi de Siam étoit posée; elle étoit portée par des Suisses du régiment des gardes; quatre Siamois marchoient autour, avec de grands bâtons de deux toises de haut, portant quatre espèces de parasols;
Les trois ambassadeurs, de front sur une même ligne, avec le duc de La Feuillade à droite, et le sieur de Bonneuil à gauche.