L’île des Pingouins.

Deux jours après nous étions enfin dans l’île des Pingouins.

«Que veut dire ceci? dis-je en apercevant deux ou trois cents individus de mon espèce qui étaient rangés sur la côte et comme en bataille; est-ce pour nous faire honneur ou pour nous mal recevoir que ces Oiseaux, mes frères, bordent ainsi le rivage?

Le roi des Pingouins.

—Sois tranquille, me répondit mon ami, ces Pingouins, tes semblables, sont là pour ne rien faire, et nous n’avons rien à craindre. Ils ont, comme tant d’autres, l’habitude de se rassembler sans but, et ne font guère autre chose, tant que dure le jour, que de rester plantés les uns à côté des autres comme des piquets. Cela ne fait de mal à personne, et cela leur suffit.»

On nous reçut avec beaucoup de bonhomie, et les premiers que nous rencontrâmes nous conduisirent, avec toutes sortes de prévenances, vers un vieux Manchot, qu’ils nous dirent être le roi de l’île, et qui l’était en effet; ce qui ne nous étonna pas quand nous le vîmes, car c’était le plus gros Manchot qu’on pût voir, et nous ne pûmes nous empêcher de l’admirer.

Ce bon roi était assis sur une pierre qui lui servait de trône, et entouré de ses sujets, qui avaient tous l’air d’être au mieux avec lui.

«Illustres étrangers, s’écria-t-il du plus loin qu’il nous aperçut, vous êtes les bienvenus, et je suis enchanté de faire votre connaissance!»