Et comme la foule qui l’entourait nous empêchait d’arriver jusqu’à sa personne:
«Çà, dit-il, mes enfants, rangez-vous donc un peu pour laisser passer ces messieurs.»
Aussitôt les Dames se mirent à sa gauche, et les Pingouins à sa droite.
Puis, s’étant excusé de ce qu’il ne se dérangeait point, sur l’extrême difficulté qu’il éprouvait à marcher, ce bon Monarque nous fit signe d’approcher.
«Messieurs les étrangers, nous dit-il, faites ici comme chez vous, et si vous vous y trouvez bien, restez-y. Dieu merci, il y a de la place pour tout le monde dans mon petit royaume.»
Nous lui répondîmes qu’il était bien bon et que son petit royaume nous paraissait très-grand, ce qui le mit tout à fait en bonne humeur.
Cet excellent roi nous demanda alors d’où nous venions, et dès qu’il sut que nous avions beaucoup voyagé, il nous fit raconter l’histoire de nos voyages, qu’il écouta avec tant de plaisir, que lorsqu’il croyait que nous allions nous arrêter, il nous criait: «Encore!» ce qui nous redonnait beaucoup de courage.
Lorsque ce fut pour de bon fini, n’y pouvant plus tenir, il jeta par-dessus sa tête l’antique bonnet phrygien qui, de temps immémorial, servait de couronne aux rois de ce pays; il jeta aussi la marotte, symbole de sagesse qui lui tenait lieu de sceptre, ainsi que l’œuf vide qui, dans sa main, figurait l’univers, et, s’étant ainsi débarrassé, il nous ouvrit ses bras en nous disant:
«Embrassez-moi; vous êtes d’honnêtes Oiseaux que j’aime; et, s’il vous plaît, nous ne nous quitterons plus.
—Ma foi, Sire, lui dis-je, je crois que nous aurions tort de vous refuser; si donc mon ami pense comme moi, nous resterons.