«—Cocotte,» me répondit-il avec une douce simplicité.

«Je n’étais pas beaucoup plus avancé. Pourtant j’entrevoyais une histoire d’amour, et je les ai toujours passionnément aimées. Et vous?

—Cela dépend des circonstances, dis-je en secouant la tête.

—Oh! alors si cela dépend de quelque chose, dites franchement que vous ne les aimez pas. Il faudra cependant vous résigner à entendre celle-ci ou à dire pourquoi.

—Je dirais tout de suite pourquoi, si je ne craignais pas de vous humilier; mais j’aime mieux prendre mon parti bravement et écouter votre histoire. On ne meurt pas d’ennui.

—Cela, c’est un bruit qu’on répand, mais il ne faut pas s’y fier. Je connais des gens qui en ont été bien près. Je reviens à mon Renard. «—Monsieur, repris-je, vous me semblez malheureux, et vous m’intéressez vivement. Si je pouvais vous servir, croyez que je vous serais fort obligé d’user de moi comme d’un ami véritable.» Touché par ces offres cordiales, il saisit ma main.

«—Je vous remercie, me dit-il; mon chagrin est du nombre de ceux qui doivent rester sans soulagement; car il n’est au pouvoir de personne de faire qu’elle m’aime, et qu’elle n’en aime pas un autre.

«—Cocotte? dis-je doucement.

«—Cocotte,» reprit-il avec un soupir.

«Le plus grand service qu’on puisse rendre à un amoureux, quand on ne peut pas lui ôter son amour, c’est de l’écouter parler. Il n’y a rien de plus heureux qu’un amant malheureux qui conte ses peines. Pénétré de ces vérités, je lui demandai sa confiance, et je l’obtins sans difficulté.