«Le Prince a manifesté si vivement son désir d’aller au bal, que, bien qu’il fût extrêmement difficile de le contenter, ses conseillers ne purent qu’obéir, tout en sachant combien ils s’éloignaient de leurs instructions particulières; mais n’est-il pas utile aussi que l’instruction vienne à ce jeune héritier du trône? Quand nous nous présentâmes pour entrer dans la salle, le lâche fonctionnaire qui était à la porte fut si effrayé du salut que lui fit monsieur votre fils, que nous pûmes passer sans payer.»
DERNIÈRE LETTRE DU JEUNE PRINCE A SON PÈRE.
«Ah! mon père, Musard est Musard, et le cornet à piston est sa musique. Vivent les débardeurs! Vous comprendriez cet enthousiasme, si, comme moi, vous aviez vu le galop! Un poëte a dit que les morts vont vite, mais les bons vivants vont encore mieux! Le carnaval, Sire, est la seule supériorité que l’Homme ait sur les Animaux; on ne peut lui contester cette invention! C’est alors que l’on acquiert une certitude sur les rapports qui relient l’Humanité à l’Animalité, car il éclate alors tant de passions animales chez l’Homme, qu’on ne saurait douter de nos affinités. Dans cet immense tohu-bohu où les gens les plus distingués de cette grande capitale se métamorphosent en guenilles pour défiler en images hideuses ou grotesques, j’ai vu de près ce qu’on appelle une Lionne parmi les Hommes, et je me suis souvenu de cette vieille histoire d’un Lion amoureux qu’on m’avait racontée dans mon enfance, et que j’aimais tant. Mais aujourd’hui cette histoire me paraît une fable ridicule. Jamais Lionne de cette espèce n’a pu faire rugir un vrai Lion.»
IV
Comment le prince Léo jugea qu’il avait eu grand tort de se déranger, et qu’il eût mieux fait de rester en Afrique.
QUATRIÈME DÉPÊCHE.
«Sire, c’est au bal Musard que son Altesse put enfin aborder face à face un Lion parisien. La rencontre fut contraire à tous les principes de reconnaissances de théâtre; au lieu de se jeter dans les bras du Prince, comme l’aurait fait un vrai Lion, le Lion parisien, voyant à qui il avait affaire, pâlit et faillit s’évanouir. Il se remit pourtant et s’en tira... Par la force? me direz-vous. Non, Sire, mais par la ruse.