«—Monsieur, lui dit votre fils, je viens savoir sur quelle raison vous vous appuyez pour prendre notre nom.
«—Fils du désert, répondit de la voix la plus humble l’enfant de Paris, j’ai l’honneur de vous faire observer que vous vous appelez Lion, et que nous nous appelons Laianne, comme en Angleterre.
«—Le fait est, dis-je au prince, en essayant d’arranger l’affaire, que Laianne n’est pas du tout votre nom.
«—D’ailleurs, reprit le Parisien, sommes-nous forts comme vous? Si nous mangeons de la viande, elle est cuite, et celle de vos repas est crue. Vous ne portez pas de bagues.
«—Mais, a dit Son Altesse, je ne me paye pas de semblables raisons.
«—Mais on discute, dit le Lion parisien, et par la discussion l’on s’éclaire. Voyons. Avez-vous pour votre toilette et pour vous faire la crinière quatre espèces de brosses différentes? Tenez: une brosse ronde pour les ongles, plate pour les mains, horizontale pour les dents, rude pour la peau, à double rampe pour les cheveux! Avez-vous des ciseaux recourbés pour les ongles, des ciseaux plats pour les moustaches? sept flacons d’odeurs diverses? Donnez-vous tant par mois à un Homme pour vous arranger les pieds? Savez-vous seulement ce qu’est un pédicure? Vous n’avez pas de sous-pieds, et vous venez me demander pourquoi l’on nous appelle des Lions! Mais je vais vous le dire: nous sommes des Laiannes, parce que nous montons à Cheval, que nous écrivons des romans, que nous exagérons les modes, que nous marchons d’une certaine manière, et que nous sommes les meilleurs enfants du monde. Vous n’avez pas de tailleur à payer?
«—Non, dit le prince du désert.
«—Eh bien! qu’y a-t-il de commun entre nous? Savez-vous mener un tilbury?
«—Non.
«—Ainsi vous voyez que ce qui fait notre mérite est tout à fait contraire à vos traits caractéristiques. Savez-vous le whist? Connaissez-vous le jockey’s-club?