«—Non, dit l’ambassadeur.
«—Eh bien, vous voyez, mon cher, le whist et le club, voilà les deux pivots de notre existence. Nous sommes doux comme des Moutons, et vous êtes très-peu endurants.
«—Nierez-vous aussi que vous ne m’ayez fait enfermer? dit le prince que tant de politesse impatientait.
«—J’aurais voulu vous faire enfermer que je ne l’aurais pas pu, répondit le faux Lion en s’inclinant jusqu’à terre. Je ne suis point le Gouvernement.
«—Et pourquoi le Gouvernement aurait-il fait enfermer Son Altesse? dis-je à mon tour.
«—Le Gouvernement a quelquefois ses raisons, répondit l’enfant de Paris, mais il ne les dit jamais.»
«Jugez de la stupéfaction du prince en entendant cet indigne langage. Son Altesse fut frappée d’un tel étonnement, qu’elle retomba sur ses quatre pattes. Le Lion de Paris en profita pour saluer, faire une pirouette et s’échapper.
«Son Altesse, Sire, jugea qu’elle n’avait plus rien à faire à Paris, que les Bêtes avaient grand tort de s’occuper des Hommes, qu’on pouvait les laisser sans crainte jouer avec leurs Rats, leurs Lionnes, leurs cannes, leurs joujoux dorés, leurs petites voitures et leurs gants; qu’il eût mieux valu qu’elle restât auprès de Votre Majesté, et qu’elle ferait bien de retourner au désert.»
A quelques jours de là on lisait dans le Sémaphore de Marseille:
«Le prince Léo a passé hier dans nos murs pour se rendre à Toulon, où il doit s’embarquer pour l’Afrique. La nouvelle de la mort du roi, son père, est, dit-on, la cause de ce départ précipité.»