On l’a dit, le mauvais exemple vient toujours d’en haut. Les révoltés n’étaient que des instruments entre les mains de personnages haut placés. Qui l’eût cru pourtant? C’est l’Éléphant, un des Animaux les plus considérables et les plus considérés du Jardin, qui n’a pas craint de compromettre sa gravité dans une pareille affaire.—Vous êtes bien gros, Monseigneur, pour conspirer. Ne voyez-vous pas qu’on prend pour dupe Votre Grosseur, et vous convient-il d’apprendre que celui qui vous met en mouvement c’est le Renard?

Animaux! retenez bien ceci: il ne faut pas plus juger d’un Renard par ses paroles, que d’un Cheval par la bride.

A la bonne heure, les révoltés jouent cartes sur table et brûlent leurs vaisseaux; rien ne manque à cette insurrection: dans leur stupide confiance, les coupables se chargent de nous fournir eux-mêmes les preuves des crimes dont ils auront à rendre compte un jour. Les révoltés ont répondu à notre journal par un autre journal. Mais quel journal! le nôtre est plus grand de moitié.

Nous empruntons au premier numéro de la feuille anarchique, le Journal libre (est-ce que le nôtre ne l’est pas?), la pièce suivante, qui nous initie aux plus secrets détails de la conspiration. Le bon sens de nos lecteurs fera justice des abominables théories de ces ennemis du repos public. Nous ne changeons pas un mot à ce curieux document, auquel nous nous réservons de répondre.

LE JOURNAL LIBRE

REVUE DE LA REFORME ANIMALE

Les amis de la liberté se sont rassemblés hier dans le Cabinet d’histoire naturelle. C’est dans les vastes salles des empaillés qu’a eu lieu cette réunion préparatoire.

Il était très-tard. Le signal donné, les conjurés entrèrent les uns après les autres, puis, s’étant salués du geste sans mot dire, ils allèrent se ranger silencieusement dans les sombres galeries, à côté des froides reliques de leurs aïeux, que l’on eût dit autant de fantômes assoupis.

Il semblait que le silence eût fait un désert de ces vastes catacombes. L’immobilité était telle, qu’on ne pouvait distinguer les morts des vivants.