Le lendemain et les jours suivants, les convives s’aperçoivent que l’univers n’a pas bougé, que ce n’est ni en buvant ni en mangeant qu’on lui imprime une autre direction, et qu’il faut recommencer à vivre comme devant, ce qui n’est pas toujours aussi facile qu’on se l’imagine.

C’était du moins l’avis de Monseigneur le Renard. Il se réveillait avec une espèce de couronne sur la tête, et quoiqu’il s’en fût coiffé lui-même en s’appropriant ce mot célèbre: «Gare à qui la touche!» je crois qu’intérieurement il donnait quelques regrets à son simple bonnet de coton. La journée de la veille l’avait un peu dégoûté des grandeurs, et il s’en souvenait comme d’une rude journée. Ce n’est pas le tout que de s’emparer du pouvoir, il faut encore trouver le moyen de s’y établir commodément, et Son Altesse, qui ne se faisait pas d’illusion, trouvait la chose difficile.

Au sexe qui embellit la vie!!! Un murmure flatteur accueillit ce toast, qui fut porté par un aimable Hippopotame.

«Premièrement, se dit-il, je fuirai les fêtes populaires, je les fuirai comme la peste.

«Deuxièmement, je cesserai de prendre la patte à tout le monde. Pour une patte propre, combien qui ne le sont pas! Sans compter, ajouta-t-il en me montrant sa fourrure ensanglantée, que quelques-uns serrent très-fort et à ongles ouverts.

«Troisièmement, comme, à tout prendre, mon sceptre est une simple plume, ce qui ne peut pas être très-lourd à porter, il faut que ma royauté me soit légère tout autant qu’aux autres. A cette fin je n’en prendrai qu’à mon aise, et tout n’en ira que mieux, et je mettrai tant de persistance à ne rien faire...

—Qu’on vous surnommera le Napoléon des Renards, Monseigneur, lui dis-je, et qu’on fera bien.

—C’est pourquoi, dit Son Altesse, qui fit semblant de ne pas avoir entendu, je vais faire une petite Charte. Une nation qui a une Charte est une nation qui ne manque de rien.

«Voici ma Charte, me dit-il; elle n’a que deux articles, mais s’ils sont bons, c’en est assez: