P. S.—Aie confiance dans mon messager. Sans doute il n’est ni jeune ni beau, et ce n’est là ni un cavalier espagnol ni un riche Angora, mais il est dévoué et discret; mais il est venu à bout de découvrir pour moi ton adresse; mais il m’aime, et il m’aime tant, qu’il est ravi de se faire mon très-humble coureur. Ne le plains pas, l’amour n’est-il pas la plus noble des servitudes?

Tu m’adresseras tes lettres à madame Rosa-Mika, et par abréviation Mika, c’est le nom sous lequel je suis connue ici.

Décidément ma maîtresse se réveille; elle dort bien mal depuis quelque temps, et je craindrais d’être surprise si je t’écrivais un mot de plus. Adieu encore. A tous ces griffonnages tu reconnaîtras plutôt le cœur que la patte de ta sœur.


BÉBÉ A MINETTE.

DEUXIÈME LETTRE.

Ma chère Minette, j’ai cru que j’allais devenir folle en lisant ta lettre, qui nous a donné à tous bien de la joie. On voudrait quasi voir mourir tous ses parents pour avoir le plaisir de les voir ressusciter comme ça.

Va, Minette, ton départ nous avait fait bien de la peine; as-tu bien pu nous laisser aussi longtemps dans le chagrin, méchante! Si tu savais comme tout est changé à la maison depuis que tu n’y es plus! Et d’abord notre mère est devenue aveugle et sourde, et la pauvre bonne vieille passe ses journées à la porte de la chatière sans jamais dire ni oui ni non. Si bien que quand j’ai voulu lui annoncer que tu n’étais pas morte, et que c’était bien vrai, je n’ai pas pu venir à bout de me faire comprendre; elle ne m’entendait pas, parce qu’elle est sourde; elle ne voyait pas ta lettre, parce qu’elle est aveugle. Dame, Bébé, elle a eu tant de peines quand tu nous as eu quittées, qu’après t’avoir cherchée partout elle en a fait une maladie qui l’a mise où elle est.

Après ça, c’est peut-être l’âge aussi, et il ne faut pas te faire trop de chagrin.

Du reste, elle dort bien, boit bien, mange bien, et ne se plaint pas, parce qu’il y en a toujours assez pour elle, d’abord: j’aimerais mieux mourir que de la laisser manquer.