Pour la première fois, cet appel de mon âme resta sans réponse.

«Pourquoi aimer ce qui doit mourir? s’écria-t-elle attristée. Quand on n’a pas devant soi l’éternité, pourquoi agir? pourquoi s’unir?

«Puisqu’il le faut, quittons-nous donc, dit-elle enfin; mais de même qu’il a été dans notre destinée que nous fussions séparés, de même il est écrit qu’à l’heure où les âmes iront rejoindre leurs corps je saurai reconnaître entre toutes les poussières ta poussière, et te rendre cette vie que tu viens de perdre. Adieu donc, compte sur moi, et n’aie pas peur que je me trompe; car à toi seul je reviendrai, et cette fois ce sera pour toujours.»

V

Le silence de la nuit paisible n’était interrompu que par le faible bruit que font en se détachant des arbres qui les portent les feuilles qui meurent aussi.

Tout à coup, on entendit au loin un cri lugubre de l’Oiseau de proie.

«Tombez sur ce corps sans défense, petites fleurs des arbres!» s’écria mon âme épouvantée; «et vous, vert feuillage qu’il chérissait, couvrez-le de votre ombre protectrice, et dérobez-le aux regards du Vautour impie.»

Mais, hélas! le cri funèbre se fit de nouveau entendre, et cette fois ce n’était plus au loin.

Et en cet instant la dernière goutte du sang qui avait animé mon corps s’arrêta dans ses veines et s’y glaça.