VI

Et une voix à laquelle il fallait obéir ayant dit à mon âme de quitter cette terre, où sa mission était accomplie, pour retourner au ciel, la patrie des âmes, je sentis en moi un désir si doux d’aller où la voix me disait d’aller, que je m’élevai aussitôt dans les airs, comme si j’eusse été ravie sur les ailes invisibles de ce pur désir.

VII

Et en cet instant aussi j’oubliai que j’avais eu un corps, et ce fut pour moi comme si je n’avais jamais été qu’un pur esprit.

Et je montais immobile, dans l’air immobile comme moi-même, sans le secours d’aucun mouvement, et par cela seulement que j’étais une âme immortelle, faite pour monter de la terre au ciel. J’obéissais ainsi à ma nouvelle condition, à peu près comme on aime sur terre et comme on pense, sans s’expliquer comment on aime ni comment on pense.

VIII

Je fus bientôt loin de la terre, si loin, que je l’apercevais à peine comme un point perdu dans l’immensité, et je volai ainsi longtemps; et puis enfin, ayant cessé de la voir, je me souvins tout à coup, par un retour soudain, que je l’avais quittée seule. «Hélas!» s’écria mon âme, «ce qui m’attend au ciel doit-il me faire oublier ce que je perds? Qui me rendra celle qui m’aimait dans ce monde que j’abandonne? O douleur! tu es donc immortelle, toi aussi?»

IX

Pourquoi le ciel, qui favorise les affections honnêtes, n’accorderait-il pas aux âmes qui se sont aimées pendant la vie d’une affection sincère, de s’aimer encore jusqu’au milieu des gloires du ciel, et de s’y garder un fidèle souvenir?

X