Mais il fallait monter toujours, et je ne tardai pas à dépasser les nuages qui glissaient sans bruit dans l’espace. Je vis alors des milliers d’étoiles, et volant d’astre en astre: «Doux astres, leur disais-je, parure des anges, où vais-je?» Et sans me répondre, mais non sans me comprendre, les étoiles se rangeaient pour me laisser libre le chemin que je devais suivre.

XI

Bientôt toute cette partie du ciel d’où sortent les rayons bienfaisants qui font ouvrir les fleurs et mûrir les fruits de la terre se trouva au-dessous de moi, comme un tapis d’azur parsemé de diamants célestes, et j’arrivai là où il n’y a plus d’étoiles.

Je fus alors saisi d’une crainte respectueuse, et je m’arrêtai éperdu.

«Va toujours, et rassure-toi, me dit une voix. Ne sais-tu pas que tu es dans le ciel; que le mal en est banni, et que tu n’as rien à craindre? Suis-moi donc; car nous ne nous arrêterons que là où tu seras heureux d’arriver.—Heureux! lui dis-je, heureux!» Et comme j’hésitais: «Crois-moi, et suis-moi,» ajouta la voix. Et je la suivis, et je la crus: car la confiance habite au ciel.

XII

Celle qui me parlait, c’était une belle petite âme immortelle, l’âme bienheureuse d’une blanche Colombe à laquelle la mort, qui l’avait cueillie dès les premiers jours de son printemps, avait à peine laissé le temps d’éclore, et que le contact des misères humaines n’avait point eu le temps de souiller. Sa mission au ciel était de recevoir à leur arrivée les âmes novices comme la mienne, et de les conduire bien vite où il leur appartenait d’aller.

XIII

Ce fut là que je vis ce que je n’avais pu voir encore, parce que jusque-là ma vue était restée imparfaite. C’était une foule d’âmes de toute espèce, qui, comme moi, allaient chacune à sa destination. Et, comme moi, chacune avait un guide.

Me trouvant au milieu de toutes ces âmes, et ne sachant ce qui allait arriver, je me sentais en même temps et retenu par une vague frayeur, et poussé par une espérance vague aussi.