«Petite âme qui me guidez, dis-je à la Colombe que je suivais, le paradis des Tourterelles est-il bien loin encore?

—Vois, me répondit-elle, non sans sourire de mon trouble et aussi de mon impatience, vois ce point qui brille là-haut au plus haut des cieux; là seulement est le septième ciel, et c’est là aussi qu’on t’attend.

—Ah! qui peut m’attendre là-haut? pensai-je, si elle vit encore;» et, tout en montant, je ne pouvais m’empêcher de dire: «Pourquoi suis-je mort, puisque la mort devait nous séparer?»

XIV

Et quand nous eûmes monté pendant longtemps encore à travers des mondes et des sphères sans nombre, nous arrivâmes jusqu’à une porte d’où s’échappaient des rayons plus éclatants mille fois que les rayons mêmes du soleil, et sur cette porte on lisait ces mots écrits en caractères de feu: «Ici l’on aime toujours.» Et plus bas: «Ici on ne change jamais, ou, si l’on change, c’est pour mieux aimer encore.»

Et la porte s’ouvrit, et ce que je vis, je ne saurais le dire; car comment parler de la toute lumière du ciel même, d’une lumière à la fois si éblouissante et si douce, qu’elle rend clair ce qu’on croyait obscur, sans qu’il en coûte ni une douleur, ni même un effort pour tout voir et pour tout comprendre?

XV

«Et maintenant, c’est là! me dit la petite Colombe; et je te laisse, puisque tu es arrivé.»

Et elle parlait encore, que mes yeux charmés avaient déjà aperçu, dans un coin du ciel, dans un nuage d’air trois fois plus pur que les autres nuages, une perle divine, une fleur perpétuelle, un trésor, mon trésor! toi, enfin, ô ma Tourterelle chérie!

«Ah! m’écriai-je, âme de ma sœur, est-ce bien vous que je vois?» et je t’abordai avec tant de joie, que toi: «Ah! que tu m’aimes bien!» t’écrias-tu.