Tu n’étais pas changée, et cependant il y avait en toi quelque chose de plus divin, et plus je te regardais, plus il me semblait que tu devenais plus belle. Ce que je lus d’amour dans ton premier regard, comment te le dire? Va, ma sœur, on guérit en un instant de tous ses chagrins sur un cœur fidèle.

«Quand j’ai appris ta mort, me dis-tu, je ne songeai point à te pleurer, mais à te suivre, et j’eus le bonheur de devenir si triste, que je mourus presque en même temps que toi.»

Qui n’eût pas cru au bonheur? Nous étions si heureux! si heureux! que toi: «Hélas! n’est-ce point un rêve?»

XVI

Hélas! c’était un rêve....

Mais, après un pareil rêve, pourquoi se réveiller? Ce rêve, mon bonheur, avait été de si courte durée, que, quand je rouvris les yeux, rien n’était changé sur cette terre que j’avais cru quitter avec toi. La lune n’avait pas cessé de briller ni le ciel d’être pur. Et j’étais seul encore, et loin de toi encore, dans ce monde où l’on ne sait que faire de son cœur. Et rien ne troublait le repos de la nature endormie, si ce n’est pourtant le cri terrible de l’Oiseau de proie qui cherchait encore son butin de la nuit. C’était là la seule réalité de mon rêve.

Adieu, et à toi!


Notice biographique sur l’Auteur du fragment qu’on vient de lire.

Nous croyons qu’on nous saura gré de placer ici quelques détails biographiques concernant l’auteur du fragment qu’on vient de lire. Ces détails nous ayant été communiqués par le directeur de la maison des fous de Darmstadt sont de la plus grande authenticité.