Le Tourtereau dans les papiers duquel ce fragment a été trouvé est mort, il n’y a pas plus de quinze jours, à la maison des fous de la ville de Darmstadt.
Quoiqu’il fût à la fleur de son âge, la nouvelle de cette mort prématurée, et de la maladie qui la causa, n’étonnera aucun de ceux qui avaient connu sa vie, et n’étonnera sans doute pas non plus nos lecteurs.
Son enfance avait été difficile et malheureuse. Tout jeune, il s’était trouvé orphelin, son père et sa mère ayant disparu un jour, sans qu’on pût savoir ce qu’ils étaient devenus. Pourtant, comme ces bons Oiseaux étaient généralement, à cause de la simplicité de leurs mœurs, aimés et honorés dans la forêt qu’ils habitaient, on s’accorda à penser que la mort seule, ou tout au moins la violence, avait pu les séparer de leur cher enfant; mais, depuis ce jour fatal, on n’avait plus entendu parler d’eux.
Le pauvre petit vint à bout de vivre néanmoins, Dieu aidant, et aussi quelques charitables voisines qui lui donnaient, en passant, quelques rares becquées qu’elles économisaient sur la part de leurs propres couvées.
Dès que l’orphelin eut à ses ailes assez de plumes pour voler, il résolut, en bon fils, de se mettre à la recherche de ses parents, et partit plein de courage, et aussi, hélas! plein d’illusions.
«Je les retrouverai, répondait-il obstinément à tous ceux qui lui représentaient que, si louable qu’en fût le but, il userait ses forces sans aucun résultat possible dans une pareille entreprise; je les retrouverai, ou je mourrai à la peine.»
Longtemps il battit l’air et la terre de ses ailes, allant partout où son espoir le poussait et demandant à chacun ce qu’il avait perdu, mais en vain.
Dans l’une de ses courses, il lui était arrivé de rencontrer et d’aimer une jeune Tourterelle qui était belle comme le jour; et la Tourterelle l’avait aimé aussi: il était si malheureux!
Mais, dans les âmes honnêtes, l’amour ne fait pas oublier le devoir, bien au contraire; et, loin d’abandonner sa pieuse entreprise, il se sentit des forces nouvelles pour la poursuivre.