«Je reviendrai, dit-il en quittant celle qu’il aimait.
—Et moi, j’attendrai,» avait répondu la Tourterelle désolée.
Et ils s’étaient séparés, et lui s’était mis en route en se disant:
«Elle m’attendra.»
Elle l’attendit en effet.
Mais après l’avoir attendu bien longtemps, la pauvrette (il faut bien le dire), la pauvrette, ne le voyant pas revenir, avait fini par devenir la Tourterelle d’un autre Tourtereau. Les Tourterelles ont peur de rester filles.
Quand, après bien des courses vaines, bien des peines perdues, le Tourtereau, découragé, revint vers celle qu’il aimait,... il la trouva entourée de toute une famille qui n’était pas sa famille, et de beaux enfants dont il n’était pas le père. Sa douleur fut telle, qu’il en perdit la raison. On la perdrait à moins. Sans doute, si la Tourterelle eût été bien sûre qu’il reviendrait, elle n’eût jamais cessé de l’attendre. Mais les vieux Tourtereaux disent tant de mal des amoureux qui ne sont pas là pour se défendre aux jeunes Tourterelles à marier, que l’innocente, les ayant crus sur parole, avait cédé, non sans regret pourtant, car sa conscience et son cœur lui faisaient bien quelques secrets reproches.
Aussi, lorsque reparut dans le pays son premier fiancé, et qu’elle le vit plus malheureux que jamais, son désespoir et ses remords furent-ils au comble.
Mais qu’y faire?