Ayant achevé ces paroles, il saisit les Oiseaux stupéfaits, les emprisonna dans son sac, et repartit en sifflant. Voilà pourquoi je suis triste aujourd’hui.


QUATRIÈME LETTRE DE L’HIRONDELLE.

Je suis fort souffrante depuis quelques jours, ma très-chère amie. Il m’est arrivé un petit accident qui m’a obligée de m’arrêter en chemin, et qui me retiendra probablement longtemps encore, malgré mes regrets et mon impatience, dans le séjour étroit et incommode où je dois cependant m’estimer heureuse d’avoir trouvé un refuge.

J’ai été surprise, à quelque distance d’ici, par un affreux orage, et le vent m’a poussée avec une telle violence contre le toit qui m’abrite aujourd’hui, que j’ai fait une terrible chute, et que je me suis démis la patte en tombant. Fort étonnée d’en être quitte à si bon marché.

Plusieurs Moineaux francs et empressés, qui avaient eu l’heureuse précaution de s’établir là avant le mauvais temps, m’ont prodigué les secours les plus tendres; mais, malheureusement pour moi, le soleil n’a pas tardé à reparaître, et son premier rayon m’a enlevé mes charitables hôtes. Ma pénible situation n’a pas eu le pouvoir de les retenir, et je souffre d’autant plus de leur abandon, qu’il ne m’est pas encore possible d’aller chercher au dehors la nourriture, qui va cependant bientôt me manquer au dedans, les provisions de mes prédécesseurs étant fort réduites par mon long séjour ici.

Le souvenir de mes pauvres voisins, les Rouges-Gorges, à la vie si patriarcale, à la table si hospitalière, celui de votre amitié, de votre calme intérieur, dont si souvent je suis venue partager les douceurs, me reviennent naturellement, parés de couleurs plus riantes, depuis que j’éprouve les ennuis de la maladie et de la pauvreté.

La solitude, qui a tant de charmes, a bien aussi quelques inconvénients, et je ne veux pas vous faire tort de cet aveu, car je suis sûre qu’il vous fera plaisir. Ainsi, je reconnais que j’aurais grand besoin dans ce moment de ce que je redoutais si fort naguère, et qu’un ami qui me donnerait ses soins et son affection ne me nuirait pas du tout aujourd’hui. Mais demain?

Quoique j’eusse pesé d’avance les chances fâcheuses d’un aussi long voyage, et que cette première et légère contrariété ne soit de nature ni à me décourager ni à m’étonner, je ne puis pas me dissimuler que vous, la personne paisible, et ennemie de tout ce qui menace l’uniformité de votre existence, vous supporteriez avec moins d’impatience que moi ma toute petite blessure. Cela vient, je crois, de ce que vous avez contracté l’habitude de vous occuper sur place, et que ce repos obligé ne troublerait en rien le calme accoutumé de votre tête et de votre cœur. Pour moi, c’est tout différent.

Cette agitation, ordinairement si nécessaire au bonheur de ma vie, a passé dans mon esprit, et je sens que je deviendrais folle s’il me fallait rester longtemps dans cette inaction physique.