Vous vantez la finesse de vos hommes d’affaires, l’astuce de vos filles d’opéra. Vous ne pouvez pas parler de ces êtres vicieux sans sourire, parce qu’au fond vous êtes émerveillés. Eh bien, mais, nos Rats, à nous, ne sont-ils pas encore plus rongeurs que les vôtres, plus actifs, plus infatigables? Non, cherchez bien, et vous verrez que même sur le terrain des vices nous sommes encore supérieurs, parce que nos vices, à nous, sont francs, complets, naturels, et que nous n’en tirons pas vanité.

Le Paon lui-même, que je n’aime pas beaucoup, pourtant, est vaniteux en être intelligent. Il jouit de son orgueil, il le déguste et s’en fait vivre, tandis que vous, vous en mourez. Tenez-vous à ce que je vous parle de votre courage? Je le ferai volontiers, car je ne l’estime pas infiniment. Comparerai-je votre bravoure à celle du Lion? Je ne le ferai pas, n’est-ce pas? ce serait une plaisanterie. Parlons donc sérieusement et prenons pour point de comparaison le Lièvre, le pauvre Lièvre, qui symbolise pour vous la lâcheté. Examinons un peu le pauvre animal, et nous aurons bientôt constaté que vous êtes plus poltron que lui.

Imaginez ce malheureux Lièvre à qui la nature a refusé des armes; il a contre lui deux ou trois Chiens courants, quatre fois gros et forts comme lui, armés de dents redoutables, et de plus ayant conscience qu’en l’attaquant ils ne courent aucun danger. Il a en outre deux, trois, quelquefois dix Bêtes énormes, vous, messieurs, défendues par une puissante mousqueterie, furieuses, ardentes, et maladroites, heureusement.

L’astuce de vos filles d’opéra.

En face de cette armée, le Lièvre fuit, le lâche! et voilà sa réputation faite. Mais, ventre de Biche! vous fuyez bien, gros Homme que vous êtes, devant une abeille qui vous poursuit.

Vous l’appelez timide, le pauvre Animal qui, traqué, poursuivi par tout un bataillon, trouve encore la force de lutter, invente des ruses, vous met sur les dents et parfois vous échappe, à vous autres, géants, qui restez là, le fusil déchargé et la sueur au front.

Si cet Animal-là n’a pas de sang-froid, en vérité, qui donc en a?

Mais vous, Homme courageux, le jour où vous avez parlé pour la première fois à votre future femme, je vous vois d’ici, vous étiez tremblant, les oreilles basses, les genoux en dedans, les jambes fléchissantes, tenant piteusement votre chapeau!