—Il est vrai que je ne suis pas libre, dit la reine, et que je suis plus enchaînée que ne l’est mon peuple. Sortez de mes États, philosophe parisien, vous pourriez séduire quelques têtes faibles.

—Quelques têtes fortes!» dis-je.

Mais elle s’envola. Je me grattai la tête quand la reine fut partie, et j’en fis tomber une Puce d’une espèce particulière.

«O philosophe de Paris, je suis une pauvre Puce venue de bien loin sur le dos d’un Loup, me dit-elle; je viens de t’entendre, et je t’admire. Si tu veux t’instruire, prends par l’Allemagne, traverse la Pologne, et, vers l’Ukraine, tu te convaincras par toi-même de la grandeur et de l’indépendance des Loups dont les principes sont ceux que tu viens de proclamer à la face de cette vieille radoteuse de reine. Le Loup, seigneur Moineau, est l’animal le plus mal jugé qui existe. Les naturalistes ignorent ses belles mœurs républicaines, car il mange les naturalistes assez osés pour venir au milieu d’une Section; mais ils ne pourront pas dévorer un Oiseau. Tu peux sans rien craindre te poser sur la tête du plus fier des Loups, d’un Gracchus, d’un Marius, d’un Régulus lupien, et tu contempleras les plus belles vertus animales pratiquées dans les steppes où se sont établies les républiques des Loups et des Chevaux. Les Chevaux sauvages, autrement dits les Tarpans, c’est Athènes; mais les Loups, c’est Sparte.

—Merci, Puceron! Que vas-tu faire?

—Sauter sur ce Chien de chasse assis au soleil, et d’où je suis sortie.»

Je volai vers l’Allemagne et vers la Pologne dont j’avais tant entendu parler dans la mansarde de mon philosophe, rue de Rivoli.

III

De la République lupienne.

O Moineaux de Paris, Oiseaux du monde, Animaux du globe, et vous, sublimes carcasses antédiluviennes, l’admiration vous saisirait tous, si, comme moi, vous aviez été visiter la noble république lupienne, la seule où l’on dompte la Faim! Voilà qui élève l’âme d’un Animal! Quand j’arrivai dans les magnifiques steppes qui s’étendent de l’Ukraine à la Tartarie, il faisait déjà froid, et je compris que le bonheur donné par la liberté pouvait seul faire habiter un tel pays. J’aperçus un Loup en sentinelle.