«Loup, lui dis-je, j’ai froid et vais mourir: ce serait une perte pour votre gloire, car je suis amené par mon admiration pour votre gouvernement, que je viens étudier pour en propager les principes parmi les Bêtes.

—Mets-toi sur moi, me dit le Loup.

—Mais tu me mangeras, citoyen?

—A quoi cela m’avancerait-il? répondit le Loup. Que je te mange ou ne te mange pas, je n’en aurai pas moins faim. Un Moineau pour un Loup, ce n’est pas même une seule graine de lin pour toi.»

J’eus peur, mais je me risquai, en vrai philosophe. Ce bon Loup me laissa prendre position sur sa queue, et me regarda d’un œil affamé sans me toucher.

«Que faites-vous là? lui dis-je pour renouer la conversation.

—Eh! me dit-il, nous attendons des propriétaires qui sont en visite dans un château voisin, et nous allons, quand ils en sortiront, probablement manger des Chevaux esclaves, de vils cochers, des valets et deux propriétaires russes.

—Ce sera drôle,» lui dis-je.

Ne croyez pas, Animaux, que j’aie voulu bassement flatter ce sauvage républicain qui pouvait ne pas aimer la contradiction: je disais là ma pensée. J’avais entendu tant maudire à Paris, dans les greniers et partout, l’abominable variété d’Hommes appelés les propriétaires, que, sans les connaître le moins du monde, je les haïssais beaucoup.