Certes, ce ne serait pas moi, qui écris ces lignes, et si ce devait être vous qui les lisez, je vous dirais, quoi qu’il pût m’en coûter: «Allez au diable; vous m’avez trompé, vous n’êtes pas même un Pingouin, fermez ce livre et brouillons-nous.»

Mais pardon, ami lecteur, pardon; l’habitude d’être seul m’a rendu maussade, grossier même, et je m’oublie, et j’oublie qu’on n’a pas le droit de s’oublier quand on est face à face avec vous, puissant lecteur!

III

Je dois dire que, comme je ne savais pas alors grand’chose, pas même compter jusqu’à deux, je ne m’étonnais pas d’être seul, tant je croyais peu qu’il fût possible de ne l’être pas!

Je ne me permis donc aucune lamentation sur les malheurs de la solitude qui était mon partage.

L’occasion était bonne pourtant; un peu plus tard, je ne l’aurais pas laissée échapper.

Cela semble si bon de se plaindre, que j’ai cru quelquefois que c’était là tout le bonheur.

Je n’existais pas depuis une heure, que j’avais déjà connu le froid et le chaud, la vie tout entière; le soleil avait disparu tout d’un coup, et, de brûlant qu’il était, mon rocher était devenu aussi froid que s’il se fût changé subitement en une montagne de glace.

N’ayant rien de mieux à faire, j’entrepris alors de remuer.

Je sentais à mes épaules et sous mon corps quelque chose que je supposais n’être pas là pour rien. J’agitai comme je le pus ces espèces de petits bras, ces espèces de petites ailes, ces quasi-jambes que venait de me donner la nature (laquelle vit depuis trop longtemps, selon moi, sur sa bonne réputation de tendre mère, aimant également tous ses enfants), et je fis si bien qu’après de longs efforts je réussis enfin... à rouler du haut de mon rocher.