Comme cent plumes l'ont écrit.
Que la pénitente aux stigmates
Régala les nonnains béates
Des beaux miracles qu'elle apprit.
Dans ce métier, qui fut son maître?
Point n'importe de le connaître.
Quant à ce pauvre directeur
Qu'on menaçait de la brûlure,
Hélas! il n'eut jamais l'allure
D'un sorcier ni d'un enchanteur.

Quelques accidents de voyage nous empêchèrent d'arriver de bonne heure à Toulon. Le lendemain, notre premier soin fut d'aller visiter le parc.

Neptune a bâti sur ces rives
Le plus beau de tous ses palais,
Et ce dieu l'a construit exprès
Pour son trésor et ses archives.
On y voit encor le trident
Dont il frappa l'onde étonnée.
Alors que l'aquilon bruyant,
Et sa cohorte mutinée
Firent, sans son consentement,
Larmoyer le pieux Enée.
Mais ce qui plus nous étonna,
C'est qu'on y voit les étrivières
Dont il châtia les rivières,
Quand Garonne se révolta:
Fait que l'on ne connaissait guères
Lorsque Chapelle l'attesta.

Notre Pégase est un peu faible pour vous transporter dans ce magnifique arsenal. L'air de la mer appesantit ses ailes.

Le port de Toulon est entièrement fait de main d'homme. La rade est, dit-on, la plus belle et la plus sûre de l'univers. L'immense étendue des magasins et l'ordre qui y est observé étonnent et touchent d'admiration. La corderie seule, qui est un bâtiment sur trois rangs de voûtes a... toises de long. Vous nous en croirez aisément, si, après tant de merveilles, nous vous disons que le roi paraît plus grand là qu'à Versailles.

Le jour suivant nous fûmes nous rassasier du coup d'œil ravissant des côtes d'Hyères. Il n'est pas de climat plus riant, ni de terroir plus fécond. Ce ne sont partout que des citronniers et des orangers en pleine terre.

Le grand enclos des Hespérides
Présentait moins de pommes d'or
Aux regards des larrons avides
De leur éblouissant trésor.
Vertumne, Pomone, Zéphire
Avec Flore y règnent toujours:
C'est l'asile de leurs amours
Et le troue de leur empire.

Nous apprîmes à Hyères, car on s'instruit en voyageant, l'effet que produisent dans l'air les caresses du dieu des zéphyrs et de la déesse des jardins. Vous savez, madame, qu'en approchant du pays des orangers, on respire de loin le parfum que répand la fleur de ces arbres. Un cartésien attribuerait peut-être cette vapeur odoriférante au ressort de l'air; et un newtonien ne manquerait pas d'en faire honneur à l'attraction. Ce n'est rien de tout cela.

Quand par la fraîcheur du matin,
La jeune Flore, réveillée,
Reçoit Zéphire sur son sein
Sous les branches et la feuilles
De l'oranger et du jasmin,
Mille roses s'épanouissent:
Les gazons plus frais reverdissent:
Tout se ranime; et chaque fleur,
Par ces tendres amants foulée,
De sa tige renouvelée
Exhale une plus douce odeur.
Autour d'eux voltige avec grâce
Un essaim de zéphyrs légers.
L'Amour les suit et s'embarrasse
Dans les feuilles des orangers.
Zéphire, d'une âme enflammée.
Couvre son amante pâmée
De ses baisers audacieux.
Leur couche en est plus parfumée,
Et dans cet instant précieux,
Toute la plaine est embaumée
De leurs transports délicieux.

Le lever de l'aurore et le coucher du soleil sont ordinairement accompagnés de ces douces exhalaisons. Les jardins d'Hyères ne sont pas moins utiles qu'agréables. Il y en a un, entre autres, qu'on dit valoir communément, en fleurs et en fruits, jusqu'à 20,000 livres de rente, pourvu que les brouillards ne s'en mêlent pas.