Etoilette étoit si transportée de ce qu'elle entendoit, & si ravie d'apprendre que sa naissance l'égaloit à son amant, qu'elle ne songeoit point à interrompre la fée Herminette. Mais comme elle lui avoit appris qu'Ismir étoit en prison, elle osa lui en demander le sujet, & si elle ne daigneroit pas aussi le protéger. La fée satisfit sa curiosité sur la détention du prince, & ajouta qu'elle ne pouvoit encore rien pour lui. Mais, ma chère enfant, ajouta-t-elle, je vais dans l'instant même vous donner les moyens de le voir & de le consoler. Prenez en attendant cette petite boîte que je vous donne, & souvenez-vous de ne l'ouvrir que dans votre plus grand péril. Je vous protégerai toujours, si vous ne révélez point ce secret à votre amant. Je vais vous faire sortir de la tour; c'est tout ce que je puis pour vous en ce moment.

A ces mots, la fée frappa de sa baguette les murs du donjon; les pierres tombèrent doucement, & s'arrangeant avec un art admirable, formèrent aussi-tôt un escalier large & commode, par lequel Etoilette descendit, après que la fée l'eut embrassée encore, & lui eut fait promettre qu'elle ne diroit point à son amant par qui elle avoit été délivrée. Etoilette ravie descendit légèrement ce merveilleux escalier, & se trouva dans une plaine immense que regardoit un côté de sa tour; puis se tournant, elle vit avec étonnement que les pierres qui avoient formé l'escalier, remontant d'elles-mêmes, reprenoient leur première place, comme si d'habiles ouvriers eussent conduit l'ouvrage. Elle s'éloigna, & vint droit à la tour où le prince étoit enfermé. Cette tour, placée dans un coin du parc, étoit entourée de gardes, excepté du côté de la plaine, parce qu'il n'y avoit qu'une seule fenêtre, très-étroite & bien grillée: une sentinelle veilloit jour & nuit sur la plate-forme de la tour.

Etoilette tressaillit en s'approchant de la prison d'Ismir, & favorisée des nuages, elle approcha de la petite fenêtre, sans être aperçue. La lune se dégageant, lui prêta alors assez de lumière pour apercevoir son cher Ismir; il étoit couché sur une natte de joncs, pâle, défiguré, presque immobile. Mais on ne peut tromper les yeux d'une amante.

Ismir! mon cher Ismir! lui cria-t-elle doucement, voici votre Etoilette que l'amour vous ramène. Approchez, cher prince, venez l'assurer que vous l'aimez encore: que ne m'est-il possible d'aller jusqu'à vous! Cette voix chérie, qui passa jusqu'au cœur d'Ismir, émut tout ses sens; il se leva en chancelant, & retrouva assez de forces pour s'approcher de la fenêtre, où la charmante Etoilette lui tendoit les bras. Souveraine de mes jours, délices de mon ame! s'écria l'amoureux prince en baisant mille fois les mains d'Etoilette, est-ce vous que je vois? Il n'eut pas la force d'en dire davantage; la joie & la douleur le serraient tellement, qu'il pensa s'évanouir; & si la belle princesse ne l'eût retenu, il seroit tombé. Les pleurs qu'il versa en abondance, & dont il arrosoit les mains d'Etoilette, le soulagèrent un peu.

Son amante n'étoit guère en meilleur état; enfin, après un assez long silence, & plus éloquent que les discours les mieux arrangés, ils commencèrent à s'entretenir de leur commun malheur, se firent cent questions, répétèrent mille fois les mêmes choses, & se jurèrent mutuellement une ardeur éternelle.

Etoilette ne dit point alors à son amant comment elle s'étoit échappée de la tour où la reine l'avoit fait enfermer; mais elle eut le plaisir de lui apprendre qu'elle étoit née princesse. Ismir sentoit si peu que ce titre manquoit à Etoilette, il en fut si peu surpris, qu'il ne s'informa seulement pas comment elle l'avoit appris.

Il ne parla que des moyens de la rejoindre bientôt; & ne doutant pas que le roi ne le remît en liberté dès qu'il sauroit l'évasion d'Etoilette, il lui conseilla de s'éloigner promptement de ces lieux funestes, la conjurant de cacher sa beauté autant qu'il seroit possible, jurant que sa mort seroit inévitable, s'il venoit à apprendre qu'un autre l'aimât, & fût assez heureux pour lui plaire. Mon cœur est à vous pour jamais, cher prince, répondit tendrement Etoilette; soyez persuadé de ma constance: je choisirois la mort, plutôt que de vous être infidèle.

Le prince rassuré supplia Etoilette de lui faire promptement savoir l'asile qu'elle auroit choisi, en adressant la lettre à Mirtis, son confident, jeune seigneur qui lui étoit entièrement dévoué: il lui marquoit le hameau qui étoit au bout de la plaine, comme un lieu où elle pourroit l'attendre pendant quelques jours. Ils prenoient ainsi leurs mesures, lorsqu'un gros chat blanc passant près d'Etoilette, lui cria en courant: Sauve-toi, ma fille; voici les gendarmes du roi qui te cherchent pour te tuer. L'effroi saisit ces deux amans. Etoilette surprise ne vit de moyen d'éviter la troupe, que celui de s'envelopper dans sa mante, & de se cacher dans un buisson fort épais, qui avoit cru au pied de la tour.

Il étoit temps, car Pacifique, averti effectivement qu'Etoilette n'étoit plus dans le donjon, avoit aussi-tôt fait monter à cheval gendarmes & mousquetaires, pour aller à sa poursuite: son dessein étoit de la faire brûler vive; mais ces troupes, qui passèrent si près d'Etoilette, ne l'aperçurent point, & coururent au loin de tous côtés. Dès qu'ils furent éloignés, la pauvre princesse, tremblante de peur, se rapprocha de la fenêtre où Ismir étoit presque mort, tant il craignoit pour elle. Etoilette coupa une tresse de ses beaux cheveux blonds, & la donna au prince, comme un gage de son amour: la frayeur lui donnant des aîles, elle courut vers le hameau avec tant de légereté, qu'à peine l'herbe ployoit sous ses pieds; ils étoient nus, & ses jambes, semblables à des colonnes d'ivoire, effaçoient la blancheur des lys & des marguerites.

Cependant la princesse étoit si troublée, qu'elle s'égara; & au lever de l'aurore, se trouvant à l'entrée d'une vaste forêt, elle s'y enfonça. Après une heure de marche, elle arriva sur une belle pelouse arrosée d'une fontaine rustique, ombragée de chênes aussi anciens que le temps, & d'une hauteur prodigieuse: accablée de lassitude, Etoilette s'assit en cet endroit.