Ces acclamations firent frémir le prince, & il apprit bientôt que le roi son père & la reine sa mère étoient morts presque en même temps, du chagrin de l'avoir perdu.

Ismir, épuisé par la diète & la fatigue, oublia ses besoins, pour se livrer aux regrets; ses entrailles s'émurent; il pleura amèrement son père & sa mère, & voulut être conduit sur le champ à leur tombeau. Ce ne fut qu'après avoir satisfait à sa piété, qu'il se revêtit des habits royaux, & qu'il reçut les hommages des grands & les respects des peuples.

Etoilette ne fut pas la dernière de ses pensées; & dès le lendemain, il envoya aussi une célèbre ambassade à la forêt jaune, pour faire part de son avenement aux centaures, & en demander mille pour sa garde.

Ils reçurent ces marques d'amitié & de souvenir avec beaucoup de reconnoissance, & firent partir ceux que le roi demandoit; ils étoient commandés par un des plus considérables de la forêt, qui apporta au nouveau roi un pigeon & une colombe: le pigeon avoit le talent de retrouver les choses perdues. Dès qu'Ismir en fut instruit, il lui commanda d'aller chercher Etoilette; & croyant ne pouvoir trop prendre de mesures pour s'assurer du succès, il ordonna encore au grand amiral de se mettre en mer avec une flotte de mille vaisseaux.

La colombe n'abandonnoit jamais le roi, & se tenoit ordinairement sur son épaule; le commandant centaure assura le prince qu'elle serviroit dans le temps à faire reconnoître Etoilette.

Plusieurs jours s'étant passés, les sujets d'Ismir, qui le voyoient toujours plongé dans la tristesse, solitaire, & s'enfermant souvent avec le capitaine des gardes, résolurent de lui proposer de leur donner une reine, afin d'assurer à sa maison la succession au trône. Les plus considérables vinrent le trouver, & le supplièrent, de la part de ses peuples, de se rendre à leurs vœux, afin qu'ils eussent des princes de son sang. Ismir, à cette proposition, sentit son cœur se presser, & l'amour tendre qu'il y conservoit à Etoilette, fit couler ses pleurs. Je ne veux pas, répondit-il, refuser à mes peuples la récompense qu'ils attendent de leur attachement pour moi; mais je vous conjure, mes amis, de me laisser le temps de faire encore de nouvelles recherches de la belle Etoilette, que vous savez que j'aimois si tendrement. Mon amour pour elle n'a fait qu'augmenter; elle le méritoit; & quand elle ne seroit pas fille du puissant roi de l'Arabie-Heureuse, ses vertus seules la rendent digne du trône. Si, dans un an, on me donne la certitude qu'elle n'est plus, vous me choisirez vous-mêmes une princesse à votre gré: avant ce temps-là, ne m'en parlez point, si vous ne voulez m'affliger, ce que je ne crois pas.

Les députés s'étant humblement prosternés la face contre terre, répliquèrent que rien n'étoit plus raisonnable que ce que le roi proposoit. De nouveaux vaisseaux furent équipés & mis en mer avec une diligence incroyable, pour aller encore à la recherche d'Etoilette dans toutes les parties du monde. Dès qu'ils arrivoient dans quelque port, ou à la moindre plage, on crioit: Qui nous donnera des nouvelles de la belle princesse Etoilette, sera récompensé d'une belle province, que notre roi lui donnera, avec cent mille pièces d'or, & un beau cheval.

Cette magnifique promesse chatouilloit toutes les oreilles; mais Etoilette ne se trouvoit point. L'amiral se seroit lassé de tant de courses inutiles, s'il eût moins aimé Ismir; mais ne pouvant se résoudre à revenir sans avoir des nouvelles de la princesse, il voguoit toujours. Voyons cependant ce qu'elle étoit devenue.

Les flots ayant porté Etoilette sur le rivage, fort près d'une très-belle ville, elle fut secourue par le roi même du pays, qui se promenoit alors au bord de la mer. Ce prince fut si attendri de la jeunesse & des charmes d'Etoilette, que, par une généreuse compassion, il ordonna que la belle inconnue fût transportée dans son palais, & qu'on en eût autant de soin que si c'étoit sa propre fille. Il en avoit eu une jadis, mais elle étoit perdue depuis long-temps, & n'espérant plus la revoir, il résolut d'adopter celle que la fortune avoit conduite sur ses côtes.