Les deux sœurs étant un jour entrées dans ma tente pendant que je n'y étois pas, trouvèrent des tablettes que j'y avois laissées. Fatime les ouvrit dans un endroit qui étoit rempli de vers françois, écrits de ma main, & ne pouvant pas les entendre, elle en demanda l'explication à mon écuyer, qui, n'en prévoyant pas les conséquences, les expliqua en italien. Il est nécessaire, pour la suite de mon histoire, que je vous les récite:
Cédez, foible raison, cédez à ma tristesse;
Malgré vos vains conseils, j'y veux penser sans cesse;
Quel bien peut adoucir l'excès de mon malheur?
J'ai perdu l'objet que j'adore,
Trop charmant souvenir de ma fidelle ardeur,
Hélas! vous me plaisez encore,
Même en irritant ma douleur.
Non, je ne prétends pas vous bannir de mon ame;
Redoublez mon amour, augmentez ma langueur,