On joua Andromaque & M. de Pourceaugnac. La représentation de ces deux pièces, & la contenance de M. de Fatville divertirent également la compagnie. On le voyoit déjà, lassé de son voyage, se tenir debout avec peine. La vicomtesse entra même à son sujet dans la plaisanterie, parce qu'elle s'aperçut que le baron y prenoit goût. Fatville regarda presque toujours mademoiselle de Saint-Urbain avec des gestes aussi insupportables qu'ils étoient ridicules.

Un grand souper succéda à la comédie; on fut long-temps à table; & après avoir bu toutes les santés, coutume qu'on ne manque guères à la campagne, on but aussi les inclinations. Mademoiselle de Saint-Urbain commença, en prenant un verre de très-bonne grâce; elle avertit tous les messieurs qu'il leur seroit permis de boire aux leurs, après qu'ils auroient fait un couplet de chanson pour célébrer des santés si intéressantes. Volontiers, dit le chevalier, je vais donner l'exemple: il demanda à boire, & chanta un impromptu sur un air connu de tout le monde.

Ce couplet fut trouvé très joli, & la vieille vicomtesse, se retournant vers le baron avec un air qu'elle crut fort tendre, lui demanda s'il n'avoit point d'inclination digne d'être chantée en si bonne compagnie. Le chevalier de Livry, répondit le baron, fait si facilement des vers, qu'il ne faut pas s'étonner s'il m'a prévenu; je vais réparer ma faute. La vicomtesse lui versa elle-même du vin de liqueur. Un moment après, il chanta en se tournant de son côté, & elle fut charmée de pouvoir se flatter que ces vers étoient pour elle; mais en achevant le couplet, il regarda tendrement la comtesse de Salgue, qui comprit aisément sa pensée. C'est donc à mon tour, dit le comte en riant, à faire aussi des vers; comme je suis le dernier, j'ai eu plus de temps que les autres, j'ai fait deux couplets; tant mieux, dit mademoiselle de Kernosy, on aura plus de plaisir à vous entendre. Le comte, qui a la voix belle, chanta ces deux couplets:

L'amour qui brille dans vos yeux,

Force tout à se rendre;

Il est trop doux, trop dangereux,

Pour oser s'en défendre.

Brûler pour vos divins appas,

N'est pas une foiblesse;