Ce serait faire preuve d'une étrange injustice que d'oublier dans cette énumération, si brève qu'elle doive être, le nom de Robert Cavelier de la Salle (1643-1687). L'intrépide, l'héroïque explorateur d'une partie de l'Amérique septentrionale, voulut établir solidement l'influence française dans sa vice-royauté de la Louisiane, qu'il rêvait de changer en la plus florissante colonie. Ses travaux tiennent du prodige, et à lui, bien à lui, revient la découverte de la détermination exacte du cours et des embouchures de l'immense Mississipi. Sa vie, si courte, fut généreusement employée. Elle est une de celles dont, Français, nous pouvons tirer une pure, une légitime gloire.

«Car en lui passa l'âme des grands découvreurs normands, des précurseurs de Colomb et de Gama. Génie fort et complet, patient, intrépide, généreux, avide de gloire, il nous a ouvert quinze cents lieues de pays dans les plus riches contrées américaines... et ne cessa de poursuivre son but et d'espérer que lorsqu'il tomba sous la balle d'un assassin.

«Les Américains ont placé son médaillon au Panthéon de Washington et donné son nom à l'un des comtés de l'Illinois[29]....»

[29] Sur Cavelier de la Salle et sur les voyageurs qui suivent, nous avons parcouru les excellentes biographies consacrées à leur mémoire par M. Gabriel Gravier, Président honoraire et Secrétaire général de la Société de géographie normande. Nous aurions voulu puiser plus largement dans les intéressants travaux de M. Gravier, bien connu par ses recherches infatigables sur l'histoire des navigateurs normands; ses opinions, aujourd'hui, sont généralement admises et sa compétence n'est pas discutée. Nous devons à notre savant correspondant les meilleurs remercîments et une réelle gratitude pour son obligeance si complète.

Henri Joutel (1640-1735) fut le digne, le dévoué compagnon de Cavelier de la Salle. Il mérite une place près de son illustre chef.

Augustin Beaulieu (1589-1639) «.... a fait dans l'histoire des apparitions de courte durée, mais assez brillantes pour que son nom mérite d'être consacré. Savant marin, fin diplomate, habile marchand, avisé, prudent et brave, bon surtout, il représentait avec éclat ces grands capitaines de mer dieppois, comme lui fugitifs météores, qui ont illustré la première moitié de son siècle.»

Ses voyages, son expérience, son caractère lui méritèrent la confiance de Richelieu, qui l'employa d'abord à l'île de Ré, pendant les guerres contre les calvinistes, puis, ensuite, lui donna le commandement d'un navire pour aider le comte d'Harcourt dans l'attaque des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat.

Quand il mourut, à peine âgé de cinquante ans, la marine française perdit l'un de ses meilleurs officiers.


François Cauche, né à Rouen en 1616, devint aussi, pour les intérêts de son négoce, un intrépide explorateur. L'Ile-de-France et Madagascar surtout, puis l'île Sainte-Marie, furent visitées presque en entier par lui. «Sa relation est écrite simplement, honnêtement et inspire toute confiance.... Les nombreux renseignements qu'il donne sur les mœurs, les croyances des habitants, sur la faune et la flore de Madagascar ne sont pas démentis, quoique Cauche eût fort peu d'instruction, ce que démontrent ses études sur la langue malgache.» Il n'en mérite pas moins par son honnêteté et son patriotisme d'être «mis au rang des hommes utiles, des grands citoyens.» On ignore la date de sa mort.