Il se trouvait avoir juste moitié moins de vaisseaux; mais l'ordre d'attaquer étant formel, il dut braver le nombre, le vent, la mer....

De dix heures du matin jusqu'à dix heures du soir, le combat dura sans qu'un seul des navires français amenât son pavillon. Plusieurs, pourtant, et principalement le Soleil-Royal, monté par Tourville, se virent obligés de lutter contre quatre vaisseaux à la fois, sans préjudice des brûlots qu'il leur fallait écarter!!!

Cependant, force fut de chercher des ports d'abri et de se disperser. Parmi les bâtiments qui accompagnèrent Tourville, quelques-uns, plus maltraités, ne purent se dérober assez vite à la poursuite. Treize d'entre eux furent brûlés dans les rades ouvertes de la Hougue et de Cherbourg, ces derniers sous les yeux du roi Jacques, impuissant à les défendre, et qui vit, ainsi, se dissiper sa dernière espérance....


De ce combat, si glorieux pour la valeur française, il faut retenir le dernier épisode non moins touchant.

Vingt-deux des navires chassés avaient pu arriver à la hauteur de Saint-Malo. Mais les passes de la rade étaient alors d'un accès très difficile. Les autorités décidèrent d'envoyer des barques pour sauver les équipages, puis, ensuite, de faire mettre le feu aux carènes, afin d'empêcher l'ennemi de capturer ces débris.


Un simple pilote, embarqué par Tourville pour les besoins de sa flotte, Hervé Riel, originaire du Croisic, s'éleva contre la dernière partie de cette résolution, demandant avec instance à être chargé du sauvetage des bâtiments, et se portant fort de les guider tous à travers les périls de l'entrée de la rade.

On hésitait. Riel redoubla de prières et parvint à vaincre les préventions qui, bien justement, l'accueillaient; puis, indomptable de courage, d'audace mêlée de prudence, il sut terminer heureusement son extraordinaire entreprise.