Note 20: La cérémonie de l'investiture, que l'on trouve ici, nous rappelle que l'introduction de cette coutume en Europe fut attribuée à l'invasion des peuples du Nord: mais d'où leur venait-elle? De l'Inde, sans doute, source universelle des idées, qui furent transvasées dans l'Occident.

Ensuite, quand il eut honoré ce peuple suivant les rangs, Vaçishtha, les autres gouravas et leurs disciples, l'anachorète, honneur de la famille de Raghou, les congédia, se montrant aussi inébranlable dans son devoir que le mont Himâlaya est immobile sur la terre. Il fut impossible à ses mères de lui dire un adieu par l'excès de la douleur, tant les sanglots fermaient leur gosier à la voix. Râma enfin d'incliner respectueusement sa tête devant toutes ses mères, et, pleurant lui-même, il entra dans son ermitage.


Après que Bharata eut posé les souliers sur sa tête, il monta, plein de joie, accompagné de Çatroughna, sur le char, qui les avait amenés tous deux. Devant lui marchaient Vaçishtha, Vâmadéva, Djâvâli, ferme dans ses vœux, et tous les ministres, honorés pour la sagesse du conseil. La face tournée à l'orient, ils s'avancèrent alors vers la sainte rivière Mandâkinî, laissant à main droite le Tchitrakoûta, cette alpe sourcilleuse.

Bharata, suivi de son armée, côtoyait dans sa route un flanc de cette montagne, dont les plateaux délicieux renferment de riches métaux par milliers.

Non loin du solitaire Tchitrakoûta, il aperçut l'ermitage que Bharadwâdja, le pieux ermite, avait choisi pour son habitation. Le fils de race, le prince éminent par l'intelligence s'approche alors de la hutte sainte, descend de son char et vient toucher de sa tête les pieds de Bharadwâdja. Tout joyeux à la vue du jeune monarque: «As-tu vu Râma? lui dit l'homme saint. As-tu fait là, mon ami, ton affaire?»

À ces paroles du sage anachorète, Bharata, si attaché au devoir, fit cette réponse à l'ermite, qui chérissait le devoir: «Malgré toutes mes supplications jointes aux prières mêmes des vénérables, ce digne enfant de Raghou, ferme dans sa résolution, nous a tenu chez lui ce langage au comble d'une joie suprême: «Je veux tenir sans mollesse la parole que j'ai donnée à mon père dans la vérité: je reste donc ici les quatorze années, suivant la promesse que j'ai faite à mon père.»

«Quand ce prince à la vive splendeur eut achevé ces paroles, Vaçishtha, qui sait manier le discours, répondit en ces mots solennels à ce fils de Raghou, habile dans l'art de parler: «Tigre des hommes, ô toi, qui es ferme dans tes vœux et comme le devoir incarné, donne tes souliers à ton frère; car ils mettront la paix et le bonheur dans les affaires au sein d'Ayodhyâ.» À ces mots de Vaçishtha, le noble Râma se tint debout, la face tournée à l'orient, et me donna, comme symbole du royaume, les deux souliers bien faits et charmants. J'acceptai ce don et maintenant, congédié par le très-magnanime Râma, je m'en retourne sur mes pas à la ville d'Ayodhyâ.»

Quand il eut ouï ces belles paroles du prince à la grande âme, l'anachorète Bharadwâdja fit cette réponse à Bharata: «Il est immortel ce Daçaratha, ton père, glorieux de posséder un tel fils en toi, qui sembles à nos yeux le devoir même revêtu d'un corps humain.»

Quand le saint eut achevé ces mots, Bharata, joignant les mains, se mit à lui présenter ses adieux et se prosterna même aux pieds du solitaire à la vaste science. Ensuite, après deux et plusieurs tours de pradakshina autour du pieux ermite, il reprit avec ses ministres le chemin d'Ayodhyâ; et l'armée, dans cette marche de retour, étendit, comme en allant, ses longues files de voitures, de chars, de chevaux et d'éléphants à la suite du sage Bharata.