Alors, s'inclinant, celle-ci salua cette vénérable Anasoûyâ, ferme dans ses vœux, et se hâta de lui dire: «Je suis la princesse de Mithila.»
Anasoûyâ mit un baiser sur la tête de la vertueuse Mithilienne, et lui dit ces mots d'une voix que sa joie rendait balbutiante: «Je veux, de ce pouvoir surnaturel, attribut de la pénitence, trésor que m'ont acquis différentes austérités, je veux tirer un don maintenant, Sîtâ, pour t'en gratifier.
«Noble fille du roi Djanaka, tu marcheras désormais ornée de parures et les membres teints avec un fard céleste, présents de mon amitié. À compter de ce jour, le tilaka, signe heureux que tu portes sur le front va durer, n'en doute pas, éternel; et ce fard ne s'effacera pas de bien longtemps sur ton corps. Toi, chère Mithilienne, avec ce liniment que tu reçois de mon amitié, tu raviras sans cesse ton époux bien-aimé, comme Çri, la déesse aux formes charmantes fait les délices de Vishnou.»
La princesse de Mithila reçut encore avec cet onguent céleste des vêtements, des parures et même des bouquets de fleurs, présent incomparable d'amitié. Reposée de ses fatigues, la Mithilienne accepta, dans toute la joie de son âme, une couple de robes d'une propreté inaltérable et brillantes comme le soleil dans sa jeunesse du matin, les bouquets de fleurs, les parures et le fard de la beauté.
Quand la nuit se fut écoulée, Râma vint présenter ses adieux au solitaire, qui brûlait dans le feu sacré les oblations du matin.
Et quand ces brahmes magnanimes eurent prononcé, les mains jointes, leurs bénédictions pour son voyage, le héros immolateur des ennemis pénétra dans la forêt, accompagné de son épouse et de Lakshmana, comme le soleil entre dans une masse de nuages.
Alors Sîtâ aux grands yeux présente aux deux frères les carquois tout resplendissants, leurs arcs et les deux épées, dont le tranchant moissonne les ennemis. Ensuite Râma et Lakshmana s'attachent les deux carquois sur les épaules, ils prennent les deux arcs à leur main, ils sortent et s'avancent pour continuer leur visite à cette partie des ermitages qu'ils n'avaient pas encore vus.
Quand la fille du roi Djanaka vit en marche les deux héros, armés de leurs solides arcs, elle dit à son époux d'une voix tendre et suave: «Râma, les hommes de bien atteignent à coup sûr une condition heureuse de justice, au moyen d'une bonté qui les préserve d'offenser aucun être quelconque; mais il y a, dit-on, sept vices qui en sont le venin destructeur. Quatre, assure-t-on, naissent de l'amour, et trois de ces vices, noble fils de Raghou, se disent les enfants de la colère. Le premier est le mensonge, que fuit toujours l'homme vertueux; ensuite, vient le commerce adultère avec l'épouse d'un autre; puis, la violence sans une cause d'inimitié.
«Il est possible de les comprimer tous à ceux qui ont vaincu leurs sens: les tiens obéissent à ta volonté, je le sais, Râma, et la beauté de l'âme inspire tes résolutions. On n'a jamais trouvé, seigneur, et jamais on ne trouvera dans ta bouche une parole menteuse: combien moins ne peux-tu faire de mal à quelqu'un! combien moins encore séduire une femme! Mais je n'aime pas, vaillant Râma, ce voyage à la forêt Dandaka.
«Je vais en dire la cause; écoute-la donc ici de ma bouche.