À cette question du magnanime fils de Raghou, le solitaire, qui était comme le devoir même en personne, se mit à lui raconter ainsi l'origine de ce lac: «On dit, Râma, que c'est l'anachorète Mandakarni, qui jadis, grâce au pouvoir de sa pénitence, créa ce bassin d'eau, nommé le lac des Cinq-Apsaras. En effet, ce grand solitaire, assis sur une pierre et n'ayant que le vent pour seule nourriture, soutint dix mille années une pénitence douloureuse. Effrayés d'une telle énergie, tous les dieux, Indra même à leur tête, de s'écrier: «Cet anachorète a l'ambition de nous enlever notre place!» Cinq Apsaras du plus haut rang et parées d'une toilette céleste furent donc envoyées par tous les dieux, avec l'ordre même de jeter un obstacle devant sa pénitence. Arrivées dans ces lieux, aussitôt ces beautés folâtres, nymphes à la taille gracieuse, de s'ébattre et de chanter pour tenter l'anachorète enchaîné au vœu de sa cruelle pénitence.

«La suite de cette aventure, c'est que, pour assurer le trône des Immortels, ces Apsaras firent tomber sous le pouvoir de l'amour ce grand ascète, de qui le regard embrassait le passé et l'avenir du monde. Les cinq Apsaras furent élevées à l'honneur d'être ses épouses et l'ermite créa pour elles dans ce lac un palais invisible. Les cinq belles nymphes demeurent ici autant qu'elles veulent, et, fières de leur jeunesse, elles délassent l'anachorète des travaux de sa pénitence. Ce grand bruit, que vous entendez là, ce sont les jeux de ces bayadères célestes; ce sont leurs chansons ravissantes à l'oreille, qui se marient au son cadencé des noûpouras et des bracelets.»

À ces paroles de l'anachorète contemplateur: «Voilà une chose admirable!» s'écria le Daçarathide à la force puissante et son frère avec lui.

Tandis que le solitaire contait sa légende, Râma vit un enclos circulaire d'ermitages, sur lequel étaient jetés des habits d'écorce et des gerbes de kouças. Il entre, accompagné de son frère et de Sîtâ dans cette enceinte couverte de lianes et d'arbres variés, où tous les anachorètes s'empressent de lui offrir les honneurs de l'hospitalité. Ensuite, dans le cercle fortuné de leurs ermitages, le Kakoutsthide habita fort à son aise, honoré par chacun de ces grands saints. Alors, ce noble fils de Raghou visita l'un après l'autre ces magnanimes, et s'en alla d'ermitage en ermitage porter lui-même les hommages de sa présence à leurs pieds. Là, il demeurait un mois ou même une année; ici, quatre mois; ailleurs, cinq ou six. Chez l'un, Râma vécut avec bonheur plus d'un mois; chez l'autre, plus de quinze jours; chez celui-ci, trois; chez celui-là, huit mois: d'un côté, il habita une couple de mois; d'un autre, la révolution entière d'une année; plus loin, un mois, augmenté d'une moitié.

Tandis qu'il vivait heureux et savourait ainsi de candides plaisirs dans les ermitages des anachorètes, il vit dix années couler pour lui d'un cours fortuné.

«Nous voici arrivés, dit-il un jour, à l'ermitage du saint Agastya: entre devant, fils de Soumitrâ, et annonce au rishi mon arrivée chez lui avec Sîtâ.»

Entré dans la sainte cabane à cet ordre que lui donne son frère, Lakshmana s'avance vers un disciple d'Agastya et lui dit ces paroles:

«Il fut un roi, nommé Daçaratha; son fils aîné, plein de force, est appelé Râma: ce prince éminent est ici et demande à voir l'anachorète. J'ai pour nom Lakshmana; je suis le compagnon dévoué et le frère puîné de ce resplendissant héros avec lequel et son épouse je viens ici moi-même pour visiter le saint ermite.»

À ces paroles de Lakshmana: «Soit!» répondit l'homme riche en pénitences, qui entra dans l'ermitage annoncer la visite. Entré dans la chapelle du feu, il dit ces mots, d'une voix faible et douce, les mains réunies en coupe, à l'invincible anachorète: «Le fils du roi Daçaratha, ce prince à la haute renommée, qui a nom Râma, attend avec son frère et son épouse à la porte de ton ermitage. Il désire voir ta révérence; il vient ici lui apporter son hommage: fais-moi connaître, saint anachorète, ce qui est à faire dans la circonstance à l'instant même.»

À peine le solitaire eut-il appris de son disciple que Râma venait d'arriver, en compagnie de Lakshmana et de l'auguste Vidéhaine: «Quel bonheur! s'écria-t-il; Râma aux longs bras est arrivé chez moi avec son épouse: j'aspirais dans mon cœur à son arrivée ici même! Va! que Râma, dignement accueilli avec son épouse et Lakshmana, soit promptement introduit ici! Et pourquoi ne l'as-tu pas fait entrer?»