Tandis que le pieux Daçarathide coulait dans la forêt de pénitence une vie heureuse, l'automne expira et l'hiver amena sa bien-aimée saison. Un jour, s'étant levé pour ses ablutions au temps où les clartés du matin commencent à blanchir la nuit, il descendit à la rivière de Godâvarî. Le fils de Soumitrâ, son frère, le front incliné, une cruche à la main, le suivait par derrière avec Sîtâ: «Voici arrivée, seigneur, dit alors celui-ci, une saison qui te fut toujours agréable, où l'année brille, comme parée de ses plus nombreuses qualités.

«Il gèle; le vent est âpre, la terre est couverte de fruits; les eaux ne donnent plus de plaisir et le feu est agréable. C'est le temps où ceux qui mangent de l'offrande, quand ils ont honoré les Dieux et les Mânes avec un sacrifice de riz nouveau, sont tous lavés de leurs souillures.

«Nos jours s'écoulent aimables, purs, d'un pied hâté: ils ont des passages difficiles, qu'on traverse avec peine le matin, mais ils sont pleins de charme, quand le temps amène le milieu du jour. Maintenant, frappées d'un soleil sans chaleur, couvertes de gelée blanche, frissonnantes d'un vent froid et piquant, l'éclat des neiges tombées la nuit fait briller au matin les forêts désertes.

«Le soleil, qui se lève au loin et dont les rayons nous arrivent, enveloppés de la neige ou des brumes, apparaît maintenant sous l'aspect d'une autre lune. Sa chaleur, insensible au matin, paraît douce au toucher vers le milieu du jour; et, sur le soir, il se colore d'une rouge qui tourne légèrement à la pâleur.

«Dans la ville, en ce moment, par attachement pour toi, Bharata, consumé de sa douleur, Bharata, le Devoir même en personne, se livre à de pénibles mortifications. Abandonnant et son trône, et les voluptés, et toutes les choses des sens, se frustrant même de nourriture, ce noble pénitent couche sur la froide surface de la terre. Sans doute, environné des sujets, que leur dévouement rassemble autour de lui, il se rend à cette heure même au fleuve Çarayoû, mais son cœur s'élance vers cette rive où nous sommes, pour y faire avec nous ses ablutions.

«L'homme n'imite point les exemples que lui donne son père, mais le modèle qu'il trouve dans sa mère,» dit un adage répété de bouche en bouche dans l'univers: la conduite que Bharata mène est à rebours du proverbe. Comment, roi des enfants de Manou, comment Kêkéyî, notre mère, elle, qui a pour fils le vertueux Bharata, elle, qui eut pour époux Daçaratha, peut-elle être ce qu'elle est?»

Dans le temps que sa tendre amitié inspirait ces paroles au juste Lakshmana, son frère, de qui l'âme fuyait toujours la médisance, l'interrompit en ces termes: «Tu ne dois pas, mon ami, infliger ton blâme devant moi à cette mère, qui tient le milieu entre les nôtres: ne parle ici que de Bharata, le noble chef des Ikshwâkides.»

Tandis qu'il parlait ainsi, le Kakoutsthide arriva sur les bords de la Godâvarî: il accomplit dans cette rivière ses ablutions avec son jeune frère et son épouse.

Quand il eut, suivant les rites, satisfait d'une libation les Dieux et les Mânes, il adora avec elle et Lakshmana le soleil, qui se levait à l'horizon.

Dès que Râma eut terminé ses ablutions avec son épouse et le fils de Soumitrâ, il quitta cette rive de la Godâvarî et revint à son ermitage. Là donc, assis dans sa chaumière, entre Sîtâ et Lakshmana, son frère, il s'entretint avec eux sur différentes matières. Tandis que ce magnanime causait avec le Soumitride, le roi des vautours se présenta et dit ces paroles au noble fils de Raghou: