Râma sur-le-champ attache la corde à son arc immense, orné richement d'or; et lui, qui était le Devoir même en personne, il adresse aux Démons ces paroles: «Retirez-vous d'ici! Vous ne devez pas approcher davantage, si vous attachez quelque prix à votre vie: retirez-vous, Démons nocturnes! »

À ces mots, les quatorze Démons, bouillants de fureur, la lance et les javelots en main, répondirent, les yeux rouges de colère, à Râma; eux, qui avaient l'audace du crime, à lui, qui avait celle de l'héroïsme:

«Tu as fait naître la colère au cœur de Khara, notre bien magnanime seigneur; tu vas laisser ici ta vie, immolé par nous dans le combat!»

Ils disent, et, bouillants de fureur, les quatorze Rakshasas fondent sur Râma, les armes hautes et le cimeterre levé. Après un élan rapide, les quatorze Démons noctivagues font pleuvoir sur lui avec colère maillets d'armes, javelots et lances. Mais Râma soudain avec quatorze flèches brisa dans ce combat les armes de ces quatorze Rakshasas. Ensuite, calme dans sa colère au milieu du combat, il prit, aussi prompt que vaillant, quatorze nouvelles flèches acérées. Il encocha lestement ces dards à son arc, et, visant pour but les Rakshasas, déchaîna contre eux ces flèches avec un bruit pareil au tonnerre de la foudre.

Les traits empennés d'or, enflammés, rehaussés d'or, fendent l'air, qu'ils illuminent d'un éclat égal à celui des grands météores de feu. Ces flèches, semées d'yeux, telles que les plumes du paon, traversent de part en part les Démons et se plongent dans la terre, où leur impétuosité les emporte, comme des serpents dans une molle taupinière.

Les dards luisante revinrent d'eux-mêmes au carquois, après qu'ils eurent châtié les Démons. À la vue de ses vengeurs étendus sur la terre, la Rakshasî, délirante de colère, trembla de nouveau et jeta une clameur épouvantable. Aussitôt Çoûrpanakhâ s'enfuit rapidement toute tremblante, en poussant de grands cris, vers la région où demeurait son frère à la force puissante.


À l'aspect de Çoûrpanakhâ étendue pour la seconde fois aux pieds de son frère, Khara, d'une voix nette et pleine de colère, dit à cette femme revenue, sans qu'elle eût accompli son dessein: «Quand j'ai envoyé, pour te satisfaire, mes Rakshasas, ces héros si fiers, qui mangent la chair crue, pourquoi viens-tu encore verser ici des larmes?

«Sans doute, il n'a pu arriver que mes sujets toujours fidèles, attentifs, dévoués à moi, n'aient point exécuté mes ordres, ne fût-ce que par attachement à leur vie! Dis-moi quelle est donc la cause, noble dame, qui te ramène ici: pourquoi gémis-tu, les yeux dévastés par des larmes?»

La méchante femme, accablée de douleur, essuya ses yeux mouillés de larmes et lui répondit en ces termes: «Ces héros des Rakshasas, que tu avais envoyés, la lance au poing, Râma seul les a tous consumés avec le feu de ses flèches. À la vue de cette prouesse, à l'aspect de ces guerriers tombés sur la terre, comme des arbres sapés à la racine, je fus saisie d'un tremblement subit. Rakshasa, je suis troublée, consternée, épouvantée; et je viens, ne voyant partout que terreur, me réfugier sous ta protection!