Mârîtcha, qui avait conçu une idée si généreuse et fait sans réserve le sacrifice de lui-même, arriva, charmant les âmes, mais la pensée de la mort occupant son esprit, dans le voisinage de Râma et de Sîtâ.
À la vue de cette gazelle, errante au milieu du bois, resplendissante du vif éclat de l'or, parée de fleurs, aux flancs variés d'or et d'argent, au front décoré de jolies cornes d'or, aux membres ornés par toutes les sortes de gemmes, toute brillante de lumière et charmante à voir, avec des oreilles où se mariaient les couleurs des perles et du lapis-lazuli, avec un poil, une peau, un corps d'une exquise finesse, la noble Sîtâ fut saisie d'admiration. La fille du roi Djanaka, Sîtâ au corps séduisant, tout émerveillée de cette gazelle aux poils d'or, aux cornes embellies de perles et de corail, avec une langue rouge comme le soleil, avec une splendeur pareille à la route étincelante des constellations, adressa à son époux ces paroles, avant lesquelles sa bouche mit pour exorde un sourire:
«Vois, Kakoutsthide, cette gazelle toute faite d'or, aux membres admirablement ornés de pierreries, être merveilleux, que son caprice amène ici de lui-même! Certes! fils de Kakoutstha, ce n'est pas à tort que tout le monde aime la forêt Dandaka, si l'on y trouve de ces gazelles d'or!
«De cette gazelle, mon noble époux, que j'aimerais à m'asseoir doucement sur la peau étalée dans ma couche et brillante comme l'or! J'exprime là un atroce désir, malséant à la nature des femmes; mais cet animal ravit mon âme jusqu'à l'envie de posséder son corps si charmant.»
À ces mots de son épouse bien-aimée, Râma, ce noble taureau du troupeau des hommes, dit alors, tout rempli de joie, au fils de Soumitrâ: «Vois, Lakshmana, le désir que cette gazelle fit naître à ma Vidéhaine: la beauté supérieure de son pelage est cause, vraiment! que bientôt cette bête aura cessé d'être. Fils du monarque des hommes, il te faut rester sans négligence auprès de cette fille des rois jusqu'à ce que j'aie abattu cette gazelle avec une de mes flèches. Après que je l'aurai tuée et que j'aurai enlevé sa peau, je reviendrai, Lakshmana, d'un pied hâté; mais, toi, ne bouge pas, que je ne sois de retour ici!
Voyant cette gazelle d'une splendeur égale à celle de l'Antilope céleste[24], Lakshmana, plein de soupçon, ayant roulé plus d'une fois cette pensée en lui-même, tint ce langage à son frère: «Héros, voilà cette forme prestigieuse dont se revêt souvent un Démon appelé Mârîtcha, comme jadis il nous fut raconté par de saints anachorètes, semblables au feu. Beaucoup de rois, armés d'arcs et montés sur des chars qui s'en allaient joyeux à la chasse furent tués dans le bois par ce Rakshasa, métamorphosé en gazelle.
Note 24: La tête d'Orion, appelée Mrigaçiras, tête de gazelle, qui est la forme de cette constellation dans la sphère indienne.
«Il n'y a point de gazelle d'or! D'où vient donc ici dans le monde cette association contre nature de l'or et de la gazelle? Réfléchis bien à cela. Cet animal aux cornes de perle et de corail, lui, dont les yeux sont des pierres précieuses, n'est pas une vraie gazelle: c'est, à mon sentiment, une gazelle créée par la magie: c'est un Rakshasa, caché sous une forme de gazelle.»
À ces paroles du Kakoutsthide, Sîtâ, pleine de joie et l'âme fascinée par cette métamorphose enchanteresse, interrompit Lakshmana et dit avec son candide sourire: «Mon noble époux, elle me ravit le cœur! amène ici, guerrier aux longs bras, cette gazelle charmante; elle servira ici pour notre amusement. Ici, dans notre lieu d'ermitage, circulent mêlés ensemble de nombreuses gazelles, jolies à voir, des vaches grognantes et des singes cynocéphales. Mais je n'ai jamais vu, Râma, une bête, qui fût semblable à cet animal, ni rien qui fût, pour la douceur, la vivacité et la splendeur, comparable à celui-ci, le plus admirable des quadrupèdes.