«Parle-nous de Sîtâ, de son ravisseur et du lieu où mon épouse fut emmenée: fais-nous ce plaisir infiniment agréable, si tu en sais quelque chose dans la vérité. Il te sied d'agir ainsi par compassion pour nous, errants, malheureux, accablés de chagrins et voués nous-mêmes au secours des opprimés.»
À ces mots de Râma composés de syllabes attendrissantes, Danou, habile à manier la parole, fit cette réponse au fils éloquent de Raghou: «Je n'ai plus ma science céleste; je ne connais pas ta Mithilienne; mais je pourrai t'indiquer un être qui doit la connaître, quand, de ce corps brûlé sur le bûcher, je serai passé dans mon ancienne forme.
«Tandis que le soleil marche encore avec son char fatigué, creuse-moi une fosse, Râma, et brûle-moi suivant les rites.»
À ces mots, les deux héros à la grande force, Râma et Lakshmana, élèvent sur la montagne un lit de gazons, y portent Kabandha sur leurs épaules, font sortir le feu du bois frotté contre le bois, déposent le tronc inanimé dans une fosse et se mettent à construire le bûcher par-dessus.
Alors, avec de grands tisons allumés, Lakshmana mit le feu de tous côtés à la pile de bois, et le bûcher flamboya entièrement. Le feu consuma lentement ce grand corps de Kabandha, pareil à une masse de beurre clarifié, et la moelle en fut cuite dans les os.
Soudain, secouant les cendres du bûcher, s'envola rapidement au sein des cieux le beau Danou, joyeux, paré de tous ses membres, regardant, comme un Dieu, sans cligner ses paupières et portant sur des habits sans tache une guirlande de fleurs cueillies sur l'arbre céleste Santâna. Autour de lui flottait sa robe lumineuse, immaculée; et, tout radieux, illuminant de sa vive splendeur tous les points du ciel, il se tenait dans les airs sur un char attelé de cygnes, ravissant l'âme et les yeux.
L'être fortuné qui marchait dans les cieux et qui naguère était Kabandha: «Apprends, fils de Raghou, dit-il à Râma, qui doit un jour te rendre Sîtâ. Près d'ici est une rivière nommée Pampâ, dans son voisinage est un lac; ensuite, une montagne appelée Rishyamoûka: dans ses forêts habite Sougrîva, personnage à la grande vigueur, qui peut changer de forme à sa fantaisie. Va le trouver: il est digne de tes hommages et mérite que tu l'honores d'un pradakshina.
«Heureusement pour toi, Râma, ce vertueux singe, nommé Sougrîva, fut renversé du trône par son frère en courroux, Bâli, fils du soleil. Depuis lors, ce héros magnanime, accompagné de quatre singes fidèles, habite la haute montagne Rishyamoûka, que la Pampâ embellit de sa fraîche lisière. Va sur-le-champ, fils de Raghou, et ne tarde pas à faire de lui ton ami: avec lui pour allié, je vois ton entreprise bientôt couronnée du succès. Lève-toi, homme pieux; mets-toi en route à l'instant et va, tandis que le flambeau du soleil est allumé, t'aboucher avec le monarque reconnaissant des singes.»
«Que la félicité t'accompagne! adieu!» disent les deux Raghouides au glorieux Kabandha, qui planait dans le sein des airs. «Et vous aussi, allez, répondit le Dânava, pour le succès de l'affaire où vous êtes engagés.» Ainsi congédiés, les deux rejetons de Kakoutstha rendent leurs hommages à Danou et partent bien contents.