Note 30: Mars et Mercure.

Ils se frappaient l'un l'autre dans cet horrible duel avec leurs paumes semblables à des foudres, avec leurs poings durs comme les diamants, avec des arbres, avec les crêtes elles-mêmes des montagnes!

En ce moment Râma prit son arc et regarda les combattants; mais ses yeux les virent tous deux égaux par le corps, semblables exactement l'un à l'autre, et pareils celui-ci à celui-là pour la vaillance et la force: il reconnut alors qu'on ne pouvait distinguer le premier du second, comme il en est pour les deux beaux Açwins. Dans cette parfaite ressemblance, le vaillant Raghouide ne pouvait discerner Sougrîva, ni Bâli: aussi ne voulut-il pas encore lancer une flèche au milieu du combat.

Sur ces entrefaites, rompu sous la main de Bâli et voyant ce qu'il s'imaginait une trahison du Raghouide, son allié, Sougrîva se mit à courir vers le Rishyamoûka. Épuisé, baigné de sang, accablé de coups, frappé avec fureur, il se réfugia dans la grande forêt. À peine le resplendissant Bâli eût-il vu que son ennemi s'était dérobé dans ces bois, il fit volte-face, chassé par la crainte d'une malédiction, jadis fulminée contre lui, et s'en retourna en disant: «Tu m'as échappé!»

Le noble Raghouide, accompagné de son frère et des ministres, s'en vint lui-même trouver Sougrîva dans cette retraite; et, quand le singe infortuné vit Râma en sa présence avec Lakshmana et ses conseillers, il tint ce langage, baissant la tête et plein de honte: «Après que tu m'as fait admirer ta force et que tu m'as dit: «Provoque Bâli au combat!» pourquoi donc as-tu mis ta promesse en oubli et m'as-tu laissé battre ainsi par mon ennemi?

«Si tu voulais, le ciel détourne ce malheur! si tu voulais que Bâli me donnât la mort dans ce combat, quel besoin avais-je de ton amitié pour m'aider à recouvrer mon royaume, puisque j'allais cesser de vivre?»

Le Raghouide entendit sans colère sortir de sa bouche ces paroles affligées et beaucoup d'autres semblables: «Dépose ton chagrin, Sougrîva! lui dit-il. Écoute maintenant la cause, roi des singes, qui me retint de lancer ma flèche.

«Toi, Sougrîva et Bâli, vous êtes l'un à l'autre semblables par la guirlande, le vêtement, la démarche et la taille. Cri, lustre, station, marche, regard ou parole, il n'est rien qui vous distingue à mes sens avec certitude. Aussi, roi des singes, troublé par une telle ressemblance de formes, je n'ai point alors décoché ma flèche: «Qui m'assure ici, me disais-je, que je ne vais pas tuer mon ami?»

«Veuille donc bien attacher sur ton corps un signe qui soit comme un drapeau, et par lequel je puisse te reconnaître une fois engagé dans ce combat de l'un contre l'autre.

«Tresse-nous, Lakshmana, une guirlande avec une branche de boswellia parée de ses fleurs, et mets-la au cou du magnanime Sougrîva.»