«Héros, dit le singe, tu m'as promis naguère que ta flèche lui porterait la mort: tâche que ta promesse, comme une liane en fleurs, ne tarde point à nous donner son fruit!»
«Maintenant que mes yeux, répondit l'époux de Sîtâ, peuvent te distinguer à cette guirlande, roi des singes, va en pleine confiance, ami, et défie une seconde fois Bâli au combat.»
Bâli, entré dans le sérail de ses femmes, entendit avec colère ce nouveau défi de Sougrîva, son frère. À ce fracas épouvantable, que le robuste singe apportait à ses oreilles une seconde fois, sa figure se rembrunit tout à coup, comme le soleil obscurci dans une éclipse.
Faisant grincer les dents longues de sa bouche et la fureur teignant son poil d'une couleur plus rouge encore, sa face brillait avec ses yeux tout grands ouverts, comme un lac aux lotus épanouis. Le roi des simiens sortit avec impétuosité et la marche de ses pieds fit trembler, pour ainsi dire, toute la terre. Mais Târâ aussitôt embrassa, pleine d'effroi, son royal époux, qui s'élançait ainsi hors de la caverne béante, et lui tint ce langage: «Allons, héros! abandonne cette colère, de même que, le matin, au sortir de la couche, tu rejettes une guirlande froissée!
«Ton frère est déjà venu, bouillant de colère, et t'a défié au combat: tu es sorti; il a succombé dans cette lutte sous ta vigueur et s'est enfui, chassé par la crainte. Ce défi, qu'il rapporte ici, fait naître en moi des soupçons, surtout à la pensée qu'il s'est déjà vu tout à l'heure abattu et tué même, pour ainsi dire, sous ta main.
«Une telle arrogance dans ce vaincu, qui rugit, tant de résolution, ce tonnerre de sa voix, tout cela n'est point d'une légère importance.
«J'ai ouï dire avant ce jour que Sougrîva s'est lié par une fraternité d'armes avec le sage Râma, de qui la vaillance est éprouvée et de qui la flèche ne manque jamais le but.
«Râma est le poison qui tue l'affliction des affligés; c'est un arbre, sous les branches duquel habitent les hommes de bien: il est sur la terre un vase de gloire et de hautes perfections.
«Qu'Angada, notre fils, s'en aille, emportant avec lui tous les joyaux qui sont ici dans ton palais: qu'il offre de ta part ces richesses à Râma et signe un traité de paix avec ce héros d'une splendeur égale aux clartés du feu à la fin d'un youga. Ou bien abandonnons cette caverne et sauvons-nous dans une solitude des bois. Car, de concert avec Sougrîva, le Daçarathide va s'étudier à nous enfermer dans un insurmontable danger. Avant que n'arrivent les infortunes, sache donc employer les moyens qui doivent les prévenir.»