Après que sa compagne au visage radieux, comme la reine des étoiles, eut parlé de cette manière, Bâli railla ses craintes et lui répondit en ces termes: «Comment puis-je dans cette colère, qu'il fit naître en moi, comment puis-je endurer, mon amie, les cris d'un ennemi qui vient rugir à ma porte avec une telle arrogance, et qui n'est après tout que le voleur de ma couronne? Pour des héros, qui ne reculent jamais dans les combats et qui n'ont pas un front accoutumé à l'injure, tolérer une offense, ma chérie, est plus difficile que la mort!
«Ce noble fils de Raghou ne doit pas t'inspirer de la crainte à mon égard: s'il a de la reconnaissance et s'il connaît le devoir, il ne peut commettre une mauvaise action. Quitte donc ce souci! je vais sortir, combattre avec Sougrîva et lui arracher son arrogance, mais je ne veux pas lui ôter la vie.
«Va-t'en! Je reviendrai, je t'en fais le serment sur ma vie et ma prochaine victoire; oui! je reviendrai, moi qui te parle, aussitôt que j'aurai vaincu mon frère dans ce combat.»
Târâ embrasse alors Bâli, de qui la vue était bien chère à ses yeux; toute en pleurs et tremblante, elle décrit à pas lents un pradakshina autour de son époux. Après qu'elle eut, suivant les rites, invoqué le succès pour l'expédition du singe auquel son cœur désirait la victoire, cette reine à la taille charmante de rentrer suivie des femmes dans son gynœcée; et, quand Târâ eut regagné avec elles ses appartements, Bâli sortit, poussant une respiration aiguë, comme les sifflements d'un boa.
Quand le vigoureux quadrumane vit, tout fier de l'appui qu'il trouvait en Râma, son rival impatient lui-même de combattre, déjà posté en attitude de bataille et la cuirasse bien attachée sur la poitrine, il raffermit solidement la sienne avant de se risquer dans cette périlleuse aventure; et, délirant de fureur, les yeux tout rouges de colère, il jeta ces mots à Sougrîva:
«Scélérat insensé, quelle hâte, Sougrîva, te fait courir une seconde fois à la mort? Vois mon poing fermé, que je lève pour la mort et qui, déchargé sur ton front, va briser ta vie!» À ces mots, il frappa du poing son rival en pleine poitrine.
Néanmoins, Sougrîva sans crainte arrache aidé de sa vigueur et lève un grand arbre, qu'il abat sur le sein de Bâli, comme la foudre tombe sur une haute montagne. La chute de cette masse étourdit un moment son ennemi, qui s'était approché de nouveau pour le combat: accablé sous la pesanteur du coup, Bâli chancelle et vacille.
Cependant Râma voyait Bâli rompre la fierté de Sougrîva et lui abattre même sa vigueur; il en fut irrité d'une furieuse colère. Il encoche soudain une flèche, qui semblait un serpent de flamme et l'envoie frapper au cœur Bâli à la grande force, à la guirlande tissue d'or. Le sein percé du trait, celui-ci tombe, les sens troublés et la route de sa vie brisée: «Ah! s'écrie-t-il, je suis mort!» Alors, comme un éléphant plongé dans un marais fangeux, Bâli, d'une voix triste et le gosier obstrué par des pleurs, dit ces mots à Râma, qu'il voyait debout près de lui: «Quelle gloire espères-tu de cette mort, que tu m'as portée dans un instant où je n'avais pas les yeux tournés de ton côté? car tu m'as frappé lâchement caché et tandis que ce duel absorbait toute mon attention!»
Après la chute de ce héros, le monarque des singes, on vit la face de la terre s'obscurcir, comme le ciel quand la lune est plongée dans les nuages. Mais ni la vie, ni la force, ni le courage, ni la beauté n'avaient déserté le corps de ce magnanime, étendu sur la terre. En effet, sa guirlande céleste, qu'un Dieu avait tissue d'or, était comme attentive elle-même à soutenir dans sa fin la vie de ce quadrumane, le plus noble des singes.