«Il y avait dans l'âge Krita, vaillant Râma, les fils de Ditî, doués d'une grande force, et les fils d'Aditî, pourvus d'une grande vigueur: tous, ils étaient enivrés de leur puissance et de leur courage; tous, ils étaient frères, nés d'un seul père, le magnanime Kaçyapa; mais deux sœurs, Ditî et Aditî, leur avaient donné le jour: ils étaient rivaux, toujours en lutte, et brûlants de se vaincre mutuellement.
«Ces héros d'une énergie indomptée s'étant donc un jour assemblés, voici en quels termes ils se parlèrent, digne rameau de l'antique Raghou: «Comment pourrons-nous être exempts de la vieillesse et de la mort?»
«Dans leur conseil, une résolution fut ainsi arrêtée: Tous, réunissant nos efforts, recueillons tous les simples de la terre, semons çà et là ces plantes annuelles dans la mer de lait; puis, barattons l'océan lacté; et buvons la divine essence, qui doit naître de ce mélange vigoureusement brassé. Par elle, dans le monde, nous serons affranchis de la vieillesse et de la mort, exempts de la maladie, pleins de force, de vigueur et d'énergie, doués tous d'une splendeur et d'une beauté impérissables.»
«Quand ils eurent ainsi arrêté cette résolution, ils se firent une baratte avec le mont appelé Mandara, une corde avec le serpent Vâsouki, et se mirent à baratter sans repos le séjour de Varouna.
«Au sein des ondes remuées, on vit naître de cette liqueur les plus belles des femmes: elles furent nommées Apsaras[7], parce qu'elles étaient sorties des eaux.
Note 7: Les bayadères et les courtisanes du ciel: ce nom est formé de AP, aqua, et SARAS, dont la racine est SRI, ire, avec as pour suffixe.
«Destinées pour le plaisir du ciel, elles avaient des formes célestes et rehaussaient avec des ornements célestes la grâce de leurs célestes vêtements. Éblouissantes de splendeur, elles étaient riches en tous les dons de la beauté, de la jeunesse et de la douceur. Il y eut alors de ces Apsaras soixante dizaines de millions; mais leurs suivantes, Râma, étaient en nombre impossible à calculer. Ni les Dieux, ni les Daîtyas ne prirent ces nymphes, vaillant fils de Raghou; et, pour cette cause, toutes, elles restèrent en commun.
«Ensuite, cherchant un époux, Vârounî sortit des eaux lactées: les enfants de Ditî refusèrent cette fille de Varouna; mais la nymphe fut acceptée comme épouse avec une grande joie par les enfants d'Aditî. De là fut donné aux Dieux le nom de Souras, parce qu'ils avaient épousé Vârounî, appelée d'un autre nom Sourâ; et les Daîtyas, parce qu'ils avaient dédaigné cette fille des ondes, furent nommés Asouras.
«Alors s'élança hors des flots agités le cheval Outchtchéççravas[8]: aussitôt après lui parut Kâaustoubha, la perle des perles; ensuite, on vit surnager au-dessus des eaux brassées la divine ambroisie même; puis, du sein de l'océan lacté, naquit le roi des médecins, Dhanvantari, qui portait dans ses mains une aiguière, toute pleine de nectar.
Note 8: Ce mot veut dire: Qui porte les oreilles droites: c'est le nom du cheval d'Indra.