«Après celui-ci émergea des eaux barattées le poison destructeur des mondes, et qui, lumineux comme le soleil flamboyant, fut avalé par tous les serpents.
«Alors une terrible guerre, exterminatrice de tous les mondes, s'éleva entre ces puissants rivaux, les Dieux et les Démons, pour la possession de l'ambroisie. Dans ce grand et mutuel carnage, où s'entre-déchiraient ces héros à la vigueur infinie, les fils d'Aditî battirent les enfants de Ditî.
«Quand il eut terrassé les Daîtyas et reçu la couronne du ciel, Indra, le Briseur de villes, monté au comble de la félicité, s'enivra de plaisir, environné d'hommages par tous les immortels. Victorieux de ses ennemis, inaccessible aux chagrins, il se réjouit avec les Dieux; et tous les mondes alors de partager sa joie, avec les essaims des Rishis et les bardes célestes.
«Ensuite Ditî la Déesse, que la déroute de ses fils, battus par les Dieux, avait conduite au plus haut point de la douleur, tint ce langage à Kaçyapa, son époux, fils de Maritchi: «Ô bienheureux, je souffre dans mes enfants, qu'Indra et tes autres fils ont taillés en pièces, je désire mériter par de longues mortifications un fils qui soit le destructeur de Çakra. Oui, je vais marcher dans les voies de la pénitence: ainsi, daigne confier à mon sein le germe d'un fils; et qu'ici, fécondé par toi, il enfante un jour le vainqueur de Çakra.»
«Ce discours de la Déesse entendu, le Maritchide Kaçyapa, rayonnant de splendeur, fit cette réponse à Ditî, plongée dans sa douleur: «Qu'il en soit ainsi! Daigne sur toi descendre la félicité! Sois pure, femme riche en piété! car, si tu peux rester mille années sans tache, tu mettras au monde ce fils, que tu désires, ce vainqueur d'Indra, au bout de cette révolution complète.» Quand il eut dit ces mots, le saint, illuminé de splendeur, lui fit une seule caresse avec la main. L'ayant ainsi chastement touchée: «Adieu!» lui dit Kaçyapa; et l'anachorète aussitôt de retourner à ses macérations. Après son départ, Ditî, ravie de joie, embrassa la plus austère pénitence dans un lieu où la pente conduisait toutes les eaux.
«Tandis qu'elle marchait dans sa carrière de mortifications, Çakra s'astreignit à la plus basse des conditions; il s'attacha de lui-même au service de la pénitente; et, dérobant sa grandeur sous les humbles fonctions, qu'il remplissait avec un zélé dévouement, Pourandara s'empressait d'apporter à la sainte femme ce qui était à-propos, du bois, des racines, des fruits, des fleurs, du feu, de l'eau ou de l'herbe Kouça. Il frottait les membres de la vieille anachorète, il dissipait sa lassitude. Le roi du ciel enfin servait Ditî en tous les bons offices d'un vigilant domestique.
Quand il se fut ainsi écoulé dix siècles, moins dix années, Ditî joyeuse adressa, noble fils de Raghou, les mots suivants à la Déité aux mille yeux: «Je suis contente de toi, homme à la grande énergie: dix ans nous restent à passer, mon enfant; mais alors, sois heureux! il te naîtra de mon sein un noble frère: à cause de toi, mon fils, je veux faire de lui un héros ardent à la victoire. Uni à toi par le doux nœud de la fraternité, il te donnera certainement un royaume!»
Ensuite, quand elle eut ainsi parlé à Çakra, la céleste Ditî, à l'heure où le soleil arrive au milieu du jour, fut saisie par le sommeil à côté de ce Dieu travesti, et s'endormit, fils de Raghou, sans rien soupçonner, dans une posture indécente. À la vue de cette obscène attitude, qui rendait impure la sainte anachorète, Indra en fut ravi de joie et se mit à rire.
Aussitôt le meurtrier du mauvais Génie Bala se glissa dans le corps mis à nu de cette femme endormie, et fendit en sept avec sa foudre aux cent nœuds le fruit qu'elle avait conçu. Puis il recoupa en sept chaque part du malheureux embryon; lesquelles sept, noble Râma, lui résistaient chacune de toute sa force et pleuraient d'une voie plaintive.
Tandis que le Dieu armé du tonnerre déchirait le fœtus avec sa foudre au sein de la mère, l'embryon pleurant, ô Râma, poussait de grands cris, et Ditî en fut réveillée.