Jadisla terre eut un maître nommé Kouça: il était fils de Brahma, l'antique aïeul des créatures, et ce fut lui qui donna le jour au puissant et vertueux Kouçanâbha. Celui-ci eut un fils appelé Gâdhi, prince à la haute intelligence, duquel est né le grand anachorète, ce flamboyant Viçvâmitra.—Or, Viçvâmitra gouverna ce globe en roi, qui semblait une incarnation de la justice, et garda l'empire dans ses mains plusieurs myriades d'années.

Une fois, ayant rassemblé les six corps d'une armée complète, il se mit, environné de cette formidable puissance, à parcourir la terre. Traversant les fleuves et les montagnes, les forêts et les villes, ce roi fameux arriva de marche en marche jusqu'à l'ermitage de Vaçishtha, ombragé de nombreux arbres, soit à fleurs, soit à fruits, tout rempli de nombreuses bandes d'animaux inoffensifs, hanté par les Siddhas et les Tchâranas, toujours plein de magnanimes anachorètes, fidèles à leurs vœux, semblables à Brahma, tous purifiés par l'exercice de la pénitence, tous resplendissants comme le feu, n'ayant tous pour seule nourriture que l'eau, le vent, les feuilles tombées, les racines et les fruits; âmes domptées, qui ont vaincu la colère, qui ont vaincu les organes des sens, qui font un saint usage des ablutions, qui ont pour mortier les dents et pour seul pilon une pierre; ermitage fortuné, où se plaisent les rishis Bâlikhilyas, voués à la prière et au sacrifice.

«Aussitôt que Viçvâmitra, ce héros à la force puissante, eut aperçu Vaçishtha, le plus distingué parmi ceux qui récitent la prière, il fut porté au comble de la joie et s'inclina devant lui avec respect:—«Sois le bienvenu chez moi!» lui dit Vaçishtha le magnanime, qui offrit poliment un siège à ce maître de la terre.

«Ensuite, quand le sage Viçvâmitra se fut assis sur un siége éminent d'herbe kouça, le prince des anachorètes lui présenta des racines et des fruits. Après qu'il eut reçu de Vaçishtha ces honneurs, le meilleur des rois, le resplendissant, Viçvâmitra lui demanda s'il voyait tout prospérer dans son feu sacré, ses disciples et ses bouquets d'arbres. Le plus vertueux des anachorètes, le fils de Brahma, l'ascète aux dures macérations, Vaçishtha répondit que la santé régnait partout, et renvoya ces questions au fils de Gâdhi, au plus éminent des vainqueurs, au roi Viçvâmitra, commodément assis.

«Ensuite, ce monarque, d'une splendeur éblouissante, répondit avec un air modeste au pieux Vaçishtha que la félicité régnait chez lui de tous les côtés.

«Alors qu'ils eurent passé dans ces mutuels récits un assez long temps, exerçant l'un sur l'autre une puissance de charme réciproque et tous deux pleins du plus vif plaisir, le bienheureux Vaçishtha, le plus saint des anachorètes, souriant à Viçvâmitra, lui tint ce langage, à la fin de ce vertueux entretien: «Monarque puissant, j'ai envie de servir un banquet hospitalier à ton armée et à toi, de qui la grandeur est sans mesure: accepte ce festin, qui sera digne de toi. Que ta majesté daigne recevoir l'hospitalité offerte ici par moi: tu es le plus noble des hôtes, ô roi, et je dois maintenant déployer tout mon zèle pour te fêter.

«À ces paroles de Vaçishta, le roi maître de la terre, Viçvâmitra lui répondit ainsi: «C'est déjà fait! tu m'as rendu complétement les honneurs de l'hospitalité avec ces racines et ces fruits, qui sont tout ce que tu possèdes, auguste et bienheureux solitaire, avec cette eau pour nettoyer mes pieds, avec cette onde pour laver ma bouche, et surtout avec ton saint visage, dont tu m'offres la vue. J'ai reçu ici de toute manière les honneurs d'une hospitalité digne: je m'en vais; hommage à toi, resplendissant anachorète! daigne jeter sur moi un regard ami!

«Mais, quoiqu'il parlât ainsi, Vaçishtha au cœur immense, à l'âme généreuse, n'en pressait pas moins le monarque de ses invitations plusieurs fois répétées.

«Eh bien! soit! répondit enfin à Vaçishtha le royal fils de Gâdhi; qu'il en soit donc comme il te plaît, noble taureau des solitaires!»

«Quand il eut ainsi parlé, le resplendissant Vaçishtha, le plus distingué entre ceux qui récitent la prière à voix basse, appela joyeux la vache immaculée, dont le pis merveilleux donne à qui trait sa mamelle toute espèce de choses, au gré de ses désirs.