«Ayant donc essuyé un refus de son directeur spirituel, le roi tourna ses pas vers la contrée méridionale, où les cent fils de Vaçishtha se livraient à la pénitence.

«À peine les cent fils du rishi eurent-ils entendu le discours de Triçankou, vaillant Râma, qu'ils adressèrent au monarque ces mots, où respirait la colère: «Ton gourou, de qui la bouche est celle de la vérité, a refusé de servir ton dessein: pourquoi donc passer outre à ses paroles et recourir à nous, homme à l'intelligence difficile? Pourquoi veux-tu abandonner la souche et t'appuyer sur les branches? Ô roi, ce n'est pas bien à toi de vouloir que nous soyons les ministres de ton sacrifice! Retourne dans ta ville: cet homme saint est seul capable de célébrer ton sacrifice, et non pas nous.»

«À ces paroles, dont les syllabes s'envolaient, troublées par la colère, le monarque tomba dans un profond chagrin et dit ces mots aux cent fils du solitaire: «Refusé par Vaçishtha d'abord, par vous ensuite, j'irai ailleurs, sachez-le bien! chercher le secours, dont j'ai besoin pour mon sacrifice!» Irrités par ces mots du roi aux syllabes menaçantes, les cent fils du saint lancèrent contre lui cette malédiction: «Tu seras un tchândâla!»

«Après qu'ils eurent ainsi maudit ce roi, ils rentrèrent dans leur pieux ermitage. Puis, quand cette nuit se fut écoulée, noble Râma, le resplendissant monarque changea dans un instant: il n'offrit plus aux regards que l'aspect d'un tchândâla, à la figure hideuse, les yeux couleur de cuivre, les dents saillantes et gangrenées de ce jaune qui passe à la nuance du noir, le corps affublé d'un vêtement noir dans la moitié inférieure, d'un vêtement rouge dans la moitié supérieure de la taille, n'ayant que des ornements de fer pour toute parure, et pour vêtement qu'une peau d'ours.

«Dès lors, solitaire et l'âme troublée, on vit errer ce roi, consumé le jour et la nuit par le cruel chagrin de la malédiction fulminée contre lui.—Dans sa détresse, il s'en alla trouver le secourable Viçvâmitra, cet homme si riche en macérations, qui exerçait à l'égard de Vaçishtha une magnanime rivalité.

«Cher Ikshwâkide, sois ici le bienvenu! lui dit Viçvâmitra. Je connais ta grande vertu: je serai ton secours; demeure ici dans mon ermitage. Je convoquerai ici pour toi, infortuné monarque, tous nos plus grands ascètes à la cérémonie du sacrifice offert pour l'accomplissement de ton brûlant désir. Tu me sembles déjà toucher le paradis avec ta main, ô le plus vertueux des monarques, toi que l'envie de parvenir au triple ciel a conduit vers moi.»

«Quand on eut apporté là tout l'appareil, le sacrifice commença. Ici, l'adhwaryou, ce fut le grand ascète Viçvâmitra; ici, les prêtres officiants, ce furent des anachorètes les plus parfaits en leurs vœux.

«Le bienheureux Viçvâmitra, qui possédait la science des mantras, fit l'invocation pour amener les immortels habitants du triple ciel à la participation des choses offertes sur l'autel; mais ces Dieux appelés ne vinrent pas recevoir une part dans les oblations. De là, tout pénétré de colère, ce grand et saint anachorète, élevant la cuiller sacrée, adresse à Triçankou ces paroles:

«Triçankou, noble souverain, monte au ciel avec ton corps. Oui! par la force de ces pénitences, que j'ai thésaurisées depuis mon enfance, par la force d'elles toutes complétement et quelque grandes qu'elles soient, va dans le ciel avec ton corps!» Aussitôt que le saint ermite eut ainsi parlé, Triçankou, emporté dans les airs, monta au ciel sous le regard des anachorètes. Le Dieu qui commande à la maturité, Indra vit au même instant ce roi, qui s'acheminait lestement vers le triple ciel, malgré le poids de son corps.

«Triçankou, dit alors ce roi du ciel, tombe d'une chute rapide, la tête en bas, sur la terre! Insensé, il n'y a pas dans le ciel d'habitation faite pour toi, qu'un directeur spirituel a frappé de sa malédiction!» À ces paroles de Mahéndra, le malheureux Triçankou retomba du ciel. Ramené vers la terre, sa tête en bas, il criait à Viçvâmitra: «Sauve-moi!» À ces mots: Sauve-moi, jetés vers lui par ce roi tombant du ciel: «Arrête-toi! lui dit Viçvâmitra, saisi d'une colère ardente, arrête-toi!» Ensuite, par la vertu de son ascétisme divin, il créa, comme un second Brahma, dans les voies australes du firmament, sept autres rishis, astres lumineux, qui se tiennent au pôle méridional, comme l'a voulu cet auguste anachorète.