«Quand il eut reçu les armes désirées, l'illustre et royal saint Viçvâmitra, comblé d'une vive allégresse, en devint alors tout plein d'orgueil. Enflé par cette force nouvelle, comme la mer au temps de la pleine lune, il se crut déjà le vainqueur de Vaçishtha, le meilleur des anachorètes.—Il revint donc à l'ermitage de l'homme saint et décocha contre lui ses flèches mystiques, par lesquelles tout le bois de la pénitence fut ravagé d'un immense incendie.
«En un instant, l'ermitage du magnanime Vaçishtha fut vide et il devint pareil au désert sans voix. «Ne craignez pas, criait Vaçishtha mainte fois, ne craignez pas! Me voici pour anéantir le fils de Gâdhi, comme le grésil, qui fond à l'aspect du soleil!» À ces mots, l'éblouissant Vaçishtha, le plus excellent des êtres doués de la parole, adressa, plein de colère, ce discours à Viçvâmitra:
«Insensé, toi, qui as détruit cet ermitage longtemps heureux, tu as commis là une mauvaise action: c'est pourquoi tu périras!»
«Il dit, et, touchée par son bâton brahmique, la flèche terrible et sans égale du feu s'éteignit, comme l'eau éteint la flamme impétueuse.
«Viçvâmitra alors, accablé de chagrin, dit ces mots, qui suivaient plus d'un soupir: «La force du kshatrya est une chimère; la force réelle, c'est la force inséparable de la splendeur brahmique! Il n'a fallu au brahme que son bâton pour briser toutes mes armes! Aussi vais-je, après que j'ai vu de mes yeux les effets d'une telle force, amender tous mes sens et me vouer aux rigueurs de la pénitence, pour m'élever de ma caste à celle des brahmes.» Il dit, et ce resplendissant monarque rejeta loin de lui toutes ses armes.
«Accompagné de son épouse, le fils de Kouçika était passé dans la contrée méridionale, où, se nourrissant de racines et de fruits, il avait embrassé une très-dure pénitence. Ce monarque brûlait d'envie, par l'émulation que lui inspirait Vaçishtha, de parvenir à l'état saint dans la caste des brahmes; mais, se voyant toujours vaincu par l'énergie de l'unification en Dieu, que l'anachorète devait à ses austérités brahmiques, il s'enfonça dans la forêt des mortifications, et là, vaillant Râma, il se macéra d'une manière excellente: «Que je sois brahme!» disait-il, ferme dans la résolution que sa grande âme avait conçue.
«Après mille années complètes, Râma, l'antique aïeul des mondes, Brahma, se présenta au fils de Gâdhi et lui adressa ces douces paroles: «Fils de Kouçika, tu es entré triomphalement au monde très-élevé des rois saints: oui! cette pénitence victorieuse t'a mérité, c'est mon sentiment, le titre de Rishi entre les rois!» À ces mots, l'auguste et resplendissant monarque des mondes quitta l'atmosphère et retourna, escorté par les Dieux, au ciel de Brahma.
«Réfléchissant aux paroles, qu'il venait d'entendre et baissant un peu la tête de confusion, Viçvâmitra, plein d'une vive douleur, se dit avec tristesse: «Après que j'ai porté le poids de bien grandes macérations, Bhagavat ne m'a appelé tout à l'heure que roi-saint: ce n'est pas là, certainement, le fruit auquel aspire ma pénitence!»
«Il dit, et cet éminent anachorète d'une éclatante splendeur, maître excellemment de lui-même, s'astreignit de nouveau, Kakoutsthide, aux plus austères mortifications.
«Dans ce temps même vivait un roi, nommé Triçankou, dévoué à la justice comme à la vérité et né du sang d'Ikshwâkou. Cette pensée lui était venue: «Je veux, se disait-il, offrir le sacrifice d'un açwa-médha, par là j'obtiendrai de passer avec mon corps dans la voie suprême, où marchent les Dieux.» Il manda Vaçishtha et lui fit connaître ce dessein: «C'est une chose impossible!» répondit le prêtre sage.