«Cet adolescent, fils d'un solitaire, désire que je lui porte secours, veuillez donc faire une chose, que je verrais avec plaisir, celle de sacrifier votre vie pour sauver la sienne.»
«À cet ordre itératif de leur père, il fut répondu avec insolence par les fils du saint anachorète ces paroles blessantes:—«Comment! tu sacrifies tes fils pour sauver les fils d'autrui! Agir ainsi, bienheureux, c'est dévorer ta chair elle-même!» À peine l'anachorète eut-il entendu ces mots amers, que, les yeux enflammés de courroux, il maudit alors ses fils et tint ce langage à Çounaççépha: «Au moment où tu seras consacré comme victime, récite alors, mon fils, ce mantra ou prière secrète, que je vais t'enseigner et qui roule sur les justes louanges de Mahéndra. Dans le temps que tu réciteras cette prière, le fils de Vasou, Indra lui-même, viendra te sauver de la mort qui t'est réservée comme victime; et cependant le sacrifice de ce puissant maître de la terre n'en sera pas moins célébré sans aucun empêchement.»
«Çounaççépha fut donc lié au poteau et consacré, après que le sacrificateur, ayant reconnu en lui tous les signes de bon augure, eut approuvé et purifié cette victime. Celui-ci garrotté à la colonne fatale, donnant au même instant le plus grand essor à sa voix, se mit à célébrer dans ses chants mystérieux le roi des Immortels, Indra aux coursiers fauves, que le désir d'une sainte portion avait conduit au sacrifice. Ravi par ce chant, le Dieu aux mille yeux combla tous ses vœux. Çounaççépha reçut de lui d'abord cette vie si désirée, ensuite une éclatante renommée. Le roi même obtint aussi, par la faveur de l'Immortel aux mille regards, ce fruit du sacrifice, tel que ses désirs le voulaient, c'est-à-dire, la justice, la gloire et la plus haute fortune.
«Après un millier complet d'années, les Dieux, qui ont tenu leur attention fixée sur la force de sa pénitence, viennent trouver le sublime anachorète, purifié dans l'accomplissement de son vœu.—Brahma lui adresse alors une seconde fois la parole en ces mots très-doux: «Te voilà devenu un rishi! tu peux maintenant, s'il te plaît, cesser ta pénitence.»
«Aussitôt qu'il eut ainsi parlé, Brahma s'en retourna d'une course légère, comme il était venu; mais Viçvâmitra, qui avait entendu ce langage, n'en continua pas moins à se macérer dans la pénitence. Longtemps après, une Apsarâ charmante, qui avait nom Ménakâ, s'en vint furtivement à l'ermitage de Viçvâmitra; et là, conduite par le malin projet de séduire l'anachorète voué aux mortifications, elle se mit à baigner dans les eaux du lac Poushkara ses membres délicieux.
«Au premier coup d'œil envoyé, dans la forêt solitaire, à cette Ménakâ, de qui toute la personne n'était que charme, et dont les vêtements imbibés d'eau rendaient les formes encore plus ravissantes, l'ermite à l'instant même tomba sous la puissance de l'amour et dit à la nymphe ces paroles: «Qui es-tu? De qui es-tu la fille? D'où viens-tu, conduite par le bonheur dans cette forêt? Viens, beauté craintive, viens te reposer dans mon heureux ermitage.» À ces mots du solitaire, Ménakâ répondit: «Je suis une Apsarâ: on m'appelle Ménakâ; je suis venue ici, en suivant mon penchant vers toi.»
«Le saint prit donc par la main cette femme charmante, de qui la bouche avait prononcé des paroles si aimables, et il entra dans son ermitage avec elle.
«Avec elle encore, cinq et cinq années de Viçvâmitra s'écoulèrent comme un instant au sein du plaisir; et le solitaire, à qui cette nymphe avait dérobé son âme et sa science, ne compta ces dix ans passés que pour un seul jour.—Après ce laps de temps, l'ascète Viçvâmitra s'aperçut de son changement par sa réflexion sur lui-même et jeta ces mots avec colère: «Ma science, le trésor de pénitence, que je m'étais amassé, ma résolution même, il n'a fallu qu'un instant ici pour tout détruire: qu'est-ce donc, hélas! que les femmes?»
«Ensuite, ayant congédié la nymphe avec des paroles affectueuses, irrité contre lui-même, il s'astreignit aux plus atroces macérations.