Ensuite, quand il eut accompli au lever de l'aurore les cérémonies pieuses du matin, Djanaka tint ce discours plein de douceur à Çatânanda, son prêtre domestique:
«J'ai un frère puîné, beau, vigoureux, appelé Kouçadhwadja, qui, suivant mes ordres, habite Sânkâçya, ville magnifique, environnée de tours et de remparts, toute pareille au Swarga, brillante comme le char Poushpaka, et que la rivière Ikshkouvatî abreuve de ses ondes fraîches. Je désire le voir, car je l'estime vraiment digne de tous honneurs: son âme est grande, c'est le plus vertueux des rois: aussi est-il bien aimé de moi. Que des messagers aillent donc le trouver d'une course rapide et l'amènent chez moi, avec des égards aussi attentifs que, sur les recommandations mêmes d'Indra, Vishnou est amené dans son palais.
À cet ordre envoyé de son frère, Kouçadhwadja vint; il s'en alla avec empressement savourer la vue de son frère plein d'amitié pour lui; et, dès qu'il se fut incliné devant Çatânanda, ensuite devant Djanaka, il s'assit, avec la permission du prêtre et du monarque, sur un siège très-distingué et digne d'un roi.
Alors ces deux frères, étant assis là ensemble et n'omettant rien dans leur attention, appelèrent Soudâmâna, le premier des ministres, et l'envoyèrent avec ces paroles: «Va, ô le plus éminent des ministres; hâte-toi d'aller vers le roi Daçaratha, et amène-le ici avec son conseil, avec ses fils, avec son prêtre domestique.»
L'envoyé se rendit au palais, il vit ce prince, délices de la famille d'Ikshwâkou, inclina sa tête devant lui et dit: «Ô roi, souverain d'Ayodhyâ, le monarque Vidéhain de Mithilâ désire te voir au plus tôt avec le prêtre de ta maison, avec ta belle famille.» À peine eut-il entendu ces paroles, que le roi Daçaratha, accompagné de sa parenté, se rendit avec la foule de ses rishis au lieu où le roi de Mithilâ attendait son royal hôte.
«Roi puissant, dit celui-ci, je te donne pour brus mes deux filles: Sîtâ à Râma, Ourmilâ à Lakshmana. Ma fille Sîtâ, noble prix de la force, n'a point reçu la vie dans le sein d'une femme: cette vierge à la taille charmante, elle, qu'on dirait la fille des Immortels, est née d'un sillon ouvert pour le sacrifice. Je la donne comme épouse à Râma: il se l'est héroïquement acquise par sa force et sa vigueur.
«Aujourd'hui la lune parcourt les étoiles dites Maghâs; mais, dans le jour qui doit suivre celui-ci, les deux nous ramènent les Phâlgounîs: profitons de cette constellation bienfaisante pour inaugurer ce mariage.»
Quand Djanaka eut cessé de parler, le sage Viçvâmitra, ce grand anachorète, lui tint ce langage, conjointement avec le pieux Vaçishtha: «Vos familles à tous les deux sont pareilles à la grande mer: on vante la race d'Ikshwâkou; on vante au même degré celle de Djanaka. De l'une et l'autre part, vos enfants sont égaux en parenté, Sîtâ avec Râma, Ourmilâ avec Lakshmana: c'est là mon sentiment.
«Il nous reste à dire quelque chose; écoute encore cela, roi des hommes: ton frère Kouçadhwadja, cet héroïque monarque est égal à toi. Nous savons qu'il a deux jeunes filles, à la beauté desquelles il n'est rien de comparable sur la terre; nous demandons, ô toi, qui es la justice en personne, nous demandons leur main pour deux princes nés de Raghou: le juste Bharata et le prudent Çatroughna. Unis donc avec eux ces deux sœurs, si notre demande ne t'est point désagréable.»