À ces paroles du roi Djanaka, les quatre jeunes guerriers de prendre la main des quatre jeunes vierges, et Çatânanda lui-même de bénir leur hymen. Ensuite, tous les couples, et l'un après l'autre, d'exécuter un pradakshina autour du feu; puis, le roi d'Ayodhyâ et tous les grands saints d'envoyer au ciel leurs hymnes pour demander aux Dieux un bon retour. Pendant le mariage, une pluie de fleurs, où se trouvait mêlée une abondance de grains frits, tomba du ciel à verse sur la tête de tous ceux qui célébraient la cérémonie sainte. Les tymbales célestes frémirent avec un son doux au sein des nues, où l'on entendit un grand, un délicieux concert de flûtes et de lyres. Durant cet hyménée des princes issus de Raghou, les divins Gandharvas chantèrent, les chœurs des Apsaras dansèrent; et ce fut une chose vraiment admirable!


Quand cette nuit fut écoulée, Viçvâmitra, le grand anachorète, prit congé de ces deux puissants monarques et s'en alla vers la haute montagne du nord. Après le départ de Viçvâmitra, le roi Daçaratha fit ses adieux au souverain de Mithilâ et reprit aussi le chemin de sa ville.

Dans ce moment, le roi des Vidéhains donna pour dot aux jeunes princesses des tapis de laine, des pelleteries, des joyaux, de moelleuses robes de soie, des vêtements variés dans leurs teintes, des parures étincelantes, des pierreries de haut prix et toutes sortes de chars. Le monarque donna même à chacune des jeunes mariées quatre cent mille vaches superbes: dot bien désirée! En outre, Djanaka leur fit présent d'une armée complète en ses quatre corps avec un train considérable, auquel fut ajouté un millier de servantes, qui portaient chacune à leur cou un pesant collier d'or. Enfin, pour mettre le comble à cette dot si riche et si variée, le monarque de Mithilâ, d'une âme toute ravie de joie, leur donna dix mille livres complètes d'or grége ou travaillé; et, quand il eut ainsi distribué ses largesses aux quatre jeunes femmes, le roi de Mithilâ donna congé au roi son hôte et rentra dans sa charmante capitale.

De son côté, le monarque de qui le sceptre gouvernait Ayodhyâ s'éloigna, accompagné de ses magnanimes enfants, et cédant le pas aux brahmes vénérables, à la tête desquels marchait Vaçishtha. Tandis que, libre enfin du mariage célébré, le monarque avec sa suite retournait dans sa ville, des oiseaux, annonçant un malheur, volèrent à sa gauche; mais un troupeau de gazelles, paralysant aussitôt cet augure, de passer vers sa droite.

Un vent s'éleva, grand, orageux, entraînant des tourbillons de sable et secouant la terre en quelque sorte. Les plages de ciel furent enveloppées de ténèbres, le soleil perdit sa chaleur, et l'univers entier fut rempli d'une poussière telle que la cendre. L'âme de tous les guerriers en fut même troublée jusqu'au délire; seuls, Vaçishtha, les autres saints et les héros issus de Raghou n'en furent pas émus.

Ensuite, quand la poussière fut tombée et que l'âme des guerriers se fut rassise, voilà qu'ils virent s'avancer là, portant ses cheveux engerbés en djatâ, le fils de Djamadagni, Râma, non moins invincible que le grand Indra et semblable au dieu Yama, le noir destructeur de tout; Râma lui-même, formidable en son aspect, que nul autre des hommes ne peut soutenir, flamboyant d'une lumière pareille au feu, quand sa flamme est allumée, tenant levés sur l'épaule un arc et une hache, resplendissants comme les armes d'Indra, et qui, pénétré de colère, bouillant de fureur, tel qu'un feu mêlé de sa fumée, saisit, en arrivant à la vue du cortége royal, une flèche épouvantable, enveloppée de gémissements.

À l'aspect de l'être si redoutable arrivé près d'eux, les brahmes et Vaçishtha, leur chef, esprits dévoués à la paix, de réciter leurs prières à voix basse; et tous les saints, rassemblés en conseil, de se dire l'un à l'autre: «Irrité par la mort de son père, cet auguste Râma ne vient-il pas détruire une seconde fois la caste des kshatryas, tout calmé que soit enfin son ressentiment? Il a fait jadis plus d'une fois un terrible carnage de tous les kshatryas: qui peut dire si, dans sa colère, aujourd'hui, il n'exterminera point encore l'ordre vaillant des kshatryas?»

Dans cette pensée, les brahmes et Vaçishtha, leur chef, d'offrir au terrible fils de Bhrigou la corbeille hospitalière et de lui adresser en même temps ces paroles toutes conciliatrices: «Râma, sois ici le très-bienvenu! Reçois, maître, cette corbeille, où sont renfermées les huit choses de l'arghya: rejeton saint de Brighou, digne anachorète, calme-toi! Ne veuille pas allumer dans ton cœur une nouvelle colère!»

Sans répondre un seul mot à ces éminents solitaires, Râma le Djamadagnide accepta cet hommage et dit sur-le-champ à Râma le Daçarathide: