On avait également préparé en vue de Râma un sceptre, somptueusement orné de joyaux et d'un éclat aussi pur que les rayons de la lune, un chasse-mouche, un magnifique éventail, décoré avec une radieuse guirlande et tel que le disque en son plein de l'astre des nuits. On avait encore exécuté pour l'assomption de Râma au trône paternel un vaste parasol, emblème de royauté. Là étaient réunis un taureau blanc, un cheval au blanc pelage, un éléphant de choix, superbe et dans l'ivresse du rut, huit belles jeunes filles, sur la personne desquelles resplendissaient les plus riches parures, des poëtes laudateurs, vêtus d'un opulent costume, et toutes les espèces d'instruments, qui servent à la musique.
Arrivé dans la rue du roi, Soumantra fendit les ondes arrêtées là du peuple et recueillit dans sa route les paroles échangées des conversations, qui toutes se rattachaient aux louanges de Râma.
«Aujourd'hui Râma, disaient-ils, va recevoir l'hérédité du royaume, suivant les ordres mêmes de son père. Oh! quelle grande fête aujourd'hui l'on va donner pour nous dans la ville! Ce héros doux, maître de lui-même, bon pour les habitants de la ville, et qui trouve son plaisir dans le bonheur de toutes les créatures, Râma, sans aucun doute, sera aujourd'hui même notre prince de la jeunesse. Oh! combien les faveurs du ciel pleuvent aujourd'hui sur nous, puisque Râma, qui est l'amour des hommes vertueux, va désormais nous protéger, comme un père défend les fils qui sont nés de sa chair!»
Telles étaient les paroles que, de tous les côtés, Soumantra entendait sortir de cette foule épaisse, tandis qu'il s'en allait chez Râma, d'une marche pressée, afin de le ramener au palais de son père.
Descendu en face de cette maison, où régnait une vaste abondance, l'illustre cocher fut saisi de plaisir et de joie à la vue des ornements luxueux qui décoraient ce palais, tout émaillé de pierreries, comme celui du céleste époux qui mérita le choix de la belle Çatchî.
Il vit le pas de ses portes couvert par une multitude officielle de poëtes, de bardes, de chanteurs et de panégyristes, qui, attachés à sa maison pour ramener agréablement le sommeil ou le réveil sur ses paupières, célébraient à l'envi les vertus de sa royale personne.
Quand il eut traversé dans ce riche palais six enceintes, dont les foules pressées des hommes remplissaient l'étendue, il pénétra dans la septième, parfaitement distribuée.
Soumantra, s'étant approché d'un air modeste, s'inclina pour saluer Râma, d'une beauté en quelque sorte, flamboyante et semblable au soleil qui vient de naître sur un ciel sans nuages.
«Que la reine Kâauçalyâ est heureuse de posséder un tel fils! Le roi, en compagnie de Kêkéyî, désire te voir. Viens donc, Râma, s'il te plaît!»
À ces mots du cocher, Râma, qui avait reçu, la tête inclinée, cet ordre venu de son père, Râma aux yeux de lotus tint ce langage à Sîtâ: «Sîtâ, le roi et la reine se sont réunis ensemble pour délibérer, sans aucun doute, sur mon sacre comme héritier de la couronne. Assurément, Kêkéyî, ma mère, guidée par le désir même de faire une chose qui m'est agréable, emploie tout son art en ce moment pour mettre de ses mains le diadème sur mon front. Je pars donc sans délai; j'ai hâte de voir ce maître de la terre, assis dans sa chambre secrète seul avec Kêkéyî et libre de soucis.»